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jeudi 27 mars 2025

Lu, adoré, perdu, retrouvé, relu, etc. (2)

 Quelles que soient les traductions, le poème de Djalâl al-Din Rûmî m'enchante toujours. Je vous le redonne dans deux versions :

Viens, viens, qui que tu sois
Vagabond, érudit, dévot, qu'importe
Dans notre caravane il n'y a pas de place pour le désespoir
Viens, même si tu as mille fois rompu tes serments
Viens, viens de nouveau
 
/
 
 Viens, viens, qui que tu sois,
Vagabond, adorateur, amoureux de partir,
Viens même si tu as rompu tes vœux mille fois, cela n’a pas d’importance, viens,
Viens encore une fois, viens :
Notre caravane n’est pas celle du désespoir.

dimanche 14 août 2022

Musique : "The Rabbit That Hunts Tigers" et Temples

 "The Rabbit That Hunts Tigers" par Yin Yin
 

"The Golden Throne" par Temples
 

mercredi 20 février 2019

Catherine Ribeiro: Tous les droits



Le droit de baiser
Le droit de fondre en larmes
Le droit de s'épanouir
Le droit d'être exigeant
Et d'exiger
Le droit d'être riche
De presque rien
Le droit d'être pauvre
De toutes les richesses
Le droit de soulever
Des montagnes
Le droit d'accoucher
De toutes les tendresses 


Le droit de penser

Haut et fort
Sans être mutilé
Le droit d'opinion
Les droits de l'immigré
Le droit au travail
Le droit de manger

Quand on a faim
Le droit de faire

Et de défaire
Le droit à la paresse
Le droit d'aimer

Sans être châtré 

Le droit à la faiblesse
À la fragilité
Le droit à l'intelligence
Le défi à la connerie
Le droit du plus fort
Pour mieux protéger
Le droit de l'arbre
Face à la tronçonneuse
Le droit de s'amuser
Sur les pelouses interdites 


Le droit de sanctionner
Un pouvoir déficient
Le droit de frapper
Malgré les menottes
Le droit de rire
De devenir fou
Le droit de s'éclater

À l'herbe sauvage 

Le droit de crier, de hurler {x2}
Le droit d'être enfin reconnu {x2}


Catherine Ribeiro

lundi 27 novembre 2017

Aller sans retour - Chilla -


Aller sans retour
Chilla




Traverser les champs
Eviter les minés
Pour conquérir son destin

Beaucoup seraient prêts à tout
Nous on veut donner du goût
A ce festin

La volonté d’être riche
tant dans le cœur
que sur la fiche de paie

Vivre la conscience en paix
Et garder les sourires
Et cacher les peines

Traverser le feu
S’il le faut les Enfers
Ne plus remettre à demain
Ce qu’on aurait dû faire hier

Sur le char de nos espérances
On prend la seule existence
Aller de chemin en chemin
Tenter d’entendre chanter nos anges

Prendre des allers sans retours
Prendre des allers sans retours oui
Prendre des allers sans retours
Des allers sans retour oui
Un point seul peut devenir fou
Jusqu’au linceul Jusqu’au bout
Prendre des allers sans retours

Aller aller sans
Ne jamais revenir
Aller aller sans
Ne jamais revenir
Aller aller sans
Ne jamais revenir
Aller aller
Aller aller


Forger son armure
S’entrainer au combat
Etre maître de son destin

Bâtir son empire
A la sueur de son front
Le construire A la force de ses mains

Garder l’esprit en éveil
Cultiver la curiosité
Promesse de sommeil dans la mort
Tu ne sais pas quand elle va t’arrêter

On en a vu tomber
Dévastés de regret
On se force de ne pas oublier
Comme une piqûre de rappel

Sur le char de nos espérances
On prend la seule existence
Aller de chemin en chemin
Tenter d’entendre chanter nos anges

Prendre des allers sans retours
Prendre des allers sans retours oui
Prendre des allers sans retours
Des allers sans retour oui
Un point seul peut devenir fou
Jusqu’au linceul Jusqu’au bout
Prendre des allers sans retours

Aller aller sans
Ne jamais revenir
Aller aller sans
Ne jamais revenir
Aller aller sans
Ne jamais revenir
Aller aller

Prendre des allers sans retours
Et ne pas se retourner
des allers sans retours
Et ne pas se retourner
Prendre des allers sans retours
Et ne pas se retourner
Des allers sans retour
Et ne pas se retourner

Prendre des allers sans retours
Prendre des allers sans retours oui
Prendre des allers sans retours
Des allers sans retour oui
Un point seul peut devenir fou
Jusqu’au linceul Jusqu’au bout (j’te l’dis)
Prendre des allers sans retours

T’as rien à faire
T’as rien à perdre
Kiffe bien, kiffe bien
Suis tes besoins
Suis ton destin
Prends ton aller sans retour et kiffe bien
Laisse toi guider sans les doutes
Et kiffe bien



Aller sans retour - Chilla

mercredi 5 juillet 2017

Poésie

Il se peut que le silence des Éditions La Pierre qui Roule ne fasse que se rendre à la question : à quoi sert la poésie ? à quoi sert la poésie aujourd'hui ?
Entre la poésie néo-lyrique qui croit devoir rendre compte d'un héritage (mais qui ne fait que répéter), la poésie philosophique qui n'est plus - du moins qui n'est plus lue, et la poésie qui prend la suite des avant-gardes dans l'expérience d'un (extrême) contemporain... pas tellement lue non plus...

La poésie n'est pas une solution.

La poésie moderniste a l'avantage de tenter de proposer de nouvelles formes, de mélanger les genres.

Mais (ma question du moment) comment trouver formulation pour dire ce qui est (quand bien même cela ne serait pas objectif) sans appauvrir la réalité ou la sensation ou l'émotion dont on parle ? Trouver une formulation qui soit à la hauteur...
(à défaut de décrire sans l'appauvrir la beauté d'un rubis, du moins trouver les mots qui en fassent sentir la profondeur et la couleur)

Pourtant, Rhapsodie aux crépuscules est en lecture,
et le Livre du héron, à défaut de s'écrire, se travaille et se vit toujours.
D'autres textes (Émaux et Camées, et Je t'aime, depuis 2012 et un autre depuis cette année) sont en travail...


dimanche 22 mai 2016

Sept d'un coup !

(sept poèmes reçus dans le cadre d'une "chaîne poétique" ; merci aux expéditeurs)

 
Housekeeper
Michael LONGLEY


She burst out laughing at the interview
Because he complained about his catheter.
I had come from the far end of the county
To nurse his lordship and, when he died, stayed on.
Every morning here I have been surprised
By the stream that flows in the wrong direction.
I miss a mountain at the kitchen window.
The house is shrinking slowly to a few rooms
Where for longer periods she hides away
And sits arguing with herself, a hare
That chews over its droppings in the form.
I have caught her reading my letters home,
Hiding Christmas cards behind the piano.
She makes jokes to the friendly gardener
About my whiskery chin, my varicose veins,
And tells me off like a child in front of him
Should my fingernails be stained or floury.
If I start to talk about going home
She pretends not to understand my accent.
The bell that summons the afternoon tray
Will soon be ringing out for a bed pan.
Furniture and ornaments seem to linger
And wait under dust sheets for her to die.
A last sheet will cover up her armchair
And the hare that melts into the mountainside
Will be white in winter and eating snow.




 


20 ans que ce sourire a montré sa part de mort
20 ans de tes dents, partie de ton squelette visible ont pris le pas sur le reste
20 ans que le monde a fermé les yeux et parlé d'un coup du sort
20 ans que tu as été fui comme la peste

20 ans que les larmes coulent doucement sur tes joues
Que les mots ne sortent pas et que ton nom traine dans la boue
20 ans que les cris ont résonné dans tes collines
et que les autres t'ont regardé te transformer en ruine

20 ans où chacun a tarit son flot de parole
20 ans que rôde la peur et fuient les banderoles
qui voudraient crier le malheur et la vie
qui voudraient hurler le sang lavé par la pluie

20 ans que chacun met un pas devant l'autre et que les fantômes rôdent
20 ans que les enfants naissent et font reculer le cauchemar
20 ans que la pluie fait briller les feuilles des bananiers et se lève l'aube
20 ans que poussent les avocatiers et que la lune se couche tard

20 ans la nuit s'éloigne et l'espoir est vivant,
Même si l'ombre est là, tu te relèves, redeviens grand
Sourions sans voir les dents qui nous rappellent trop le tragique
Sourions en regardant devant, oublions l'oblique

Aujourd'hui ta terre rouge coule dans les veines de ma fille
Je vois l'amour dans ses yeux noirs qui scintillent
20 ans et j'ai envie de croire en toi
20 ans déjà, Rwanda

Cécile MAOUT, écrit le 5 avril 2014



 


maggie and milly and molly and may
E. E. Cummings, 1894 - 1962
              10

maggie and milly and molly and may
went down to the beach (to play one day)

and maggie discovered a shell that sang
so sweetly she couldn’t remember her troubles, and

milly befriended a stranded star
whose rays five languid fingers were ;

and molly was chased by a horrible thing
which raced sideways while blowing bubbles : and

may came home with a smooth round stone
as small as a world and as large as alone.

For whatever we lose (like a you or a me)
it’s always ourselves we find in the sea




 



Non que je veuille ôter la liberté
A qui est né pour être sur moi maître :
Non que je veuille abuser de fierté,
Qui à lui humble et à tous devrais être ;
Non que je veuille à dextre et à senestre
Le gouverner, et faire à mon plaisir :
Mais je voudrais, pour nos deux cœurs repaistre,
Que son vouloir fût joint à mon désir.

                                                      
                                                                                 Pernette du GUILLET




 


A la mémoire de Maurice PILORGE
assasin de vingt ans


Sur mon cou sans armure et sans haine, mon cou
Que ma main plus légère et grave qu’une veuve
Effleure sous mon col, sans que ton cœur s’émeuve
Laisse tes dents poser leur sourire de loup.
O viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne
Arrive dans mes yeux qui seront morts demain.
Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main,
Mène-moi loin d’ici battre notre campagne.
Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir,
Et les fleurs soupirer, et des prés l’herbe noire
Accueillir la rosée où le matin va boire,
Le clocher peut sonner: moi seul je vais mourir.
O viens mon ciel de rose, O ma corbeille blonde!
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
Mais viens! Pose ta joue contre ma tête ronde.

[...]



Jean Genet
Le Condamné à mort






 



« Le temps écrit sa musique sur des portées disparues »



Bashung/Fauque




 

"Les astres et les arbres"
de J. Hemleben. Traduction de Mireille Delacroix.
        Lundi
   Que dit l'astre d'argent,
   A la fête du printemps,
   Dans les cerisiers en fleurs
    Qui, l'été, porteront fruit?
                 "O homme,
   Transforme-toi comme la plante,
   Purifie tes instincts,  mûris,
   Et cueille les fruits de la vie."

jeudi 19 mai 2016

Ensuite

(poème reçu dans le cadre d'une "chaîne poétique")
 
La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou sous un vaste éther,
Je mets à la voile ;

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J'escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D'un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Sur l'immense gouffre
Me bercent. D'autres fois,calme plat,grand miroir
De mon désespoir !

Charles Baudelaire

vendredi 6 mai 2016

Et encore...

(poèmes reçus dans le cadre d'une "chaîne")
 

El Desdichado


Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phoebus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Gérard de Nerval