lundi 2 mai 2011
Rêve
samedi 7 février 2009
Citation
Albator :" La réponse est simple : je me bats pour ce que j'ai au fond du coeur."
Aramis : " Et c'est quoi, au juste, cette chose que vous avez au fond du coeur ?"
Au lieu de répondre, le Capitaine vide un verre de vin rouge.
Plus tard, Albator dira au jeune Aramis : " Restez ici et nous nous battrons ensemble sous l'étendard de la révolte et la bannière de la liberté."
jeudi 2 octobre 2008
jeudi 4 septembre 2008
Jaisalmer

Mes empreintes ont été recouvertes par du sable, mais je sais que je suis allé à Jaisalmer.
Je suis allé à Jaisalmer, dans cette ville fortifiée, construite sur du sable, en plein désert.
J’ai vu l’horizon immense, la totalité de la voûte céleste, la lumière dense qui vient de partout et qui se module inlassablement autour de Jaisalmer.
J’ai marché hors de la forteresse dans le désert et j’ai senti le silence dans son essence sur le sable malgré le vent qui sifflait.
Et j’ai commis le sacrilège d’entrer dans l’enceinte sacrée, et j’ai vu les empreintes de Mahavira. Preuve de son passage, de son invisibilité, pourtant de l’évidence de sa présence.
J’ai passé trois jours à Jaisalmer. Je n’ai rien vu de Jaisalmer.
Mais je sais que Jaisalmer est le centre du monde.
Et j’ai vu ma vie défiler à Jaisalmer, et je sais que Jaisalmer est à la frontière du temps.
vendredi 27 juin 2008
Dakar-Bamako par Ouagadougou
Ce voyage était nécessaire pour vivre un rêve d’enfance : me trouver là sur les avenues ombragées d’une grande ville que j’imaginais déjà brûlante, où une foule colorée disparaît au loin dans la poussière ; ou bien sur une route infinie dans un paysage austère et magnifique.
L’Afrique est, en quelque sorte, présente en moi depuis longtemps. Il y avait d’abord, à la maison, la statue d’un chasseur hiératique et celle, plus petite et en ébène, d’un balafoniste aux lèvres charnues. Cette statuette excitait déjà ma curiosité : un instrument de musique inconnu, dont le son vibrant me fut révélé plus tard ; le grand boubou du musicien qui en faisait un prince, son beau visage réaliste, et ce qu’on me disait sur les griots qui racontent et font l’histoire. Le valeureux chasseur, lui, trônait en haut de la bibliothèque, son butin sur l'épaule, l'air arrogant et serein, le visage incroyable. Ces objets, avec le grand boubou de ma mère, en basin d’un bleu profond, et ses boucles d’oreilles en or, faisaient partie des souvenirs du séjour de mes parents au Mali, chez mon parrain. J’avais vu quelques diapositives, le Marché Rose, je crois, mais je savais peu de choses de ce voyage et de la vie là-bas de mon parrain et de sa famille, tout cela ayant eu lieu avant ma naissance.
J’ai l’impression que ma mère ne m’a raconté qu’une seule chose de ce séjour, qui m’est restée comme une évocation poétique, et que j’ai dû réécrire avec mes propres images et de mes propres mots : en promenade un soir dans les jardins maraîchers sur les bords du fleuve Niger, elle s’était occupé d’un enfant, assise sur une natte près d’un vieillard aveugle, pendant que la mère faisait les allers-et-retours pour aller chercher l’eau, et arroser minutieusement ses plantations. Le vieux chantonnait une mélopée et caressait l'enfant avec une feuille pour l'endormir. Et dans les mots même de ma mère, j’ai senti la plénitude de ce soir-là, la préciosité de l’eau, la fraîcheur montant de la terre arrosée, et la secrète compréhension de ces deux mamans qui ne pouvaient discuter ensemble. Je ne distingue pas bien cette image du disque de kora de Keur Moussa au Sénégal et cette harpe aigre et douce m’évoque toujours une sorte de nostalgie d’un souvenir qui n’est pas le mien.
Je me souviens aussi d’un concours de dessin organisé par une association caritative catholique, et dont le thème était la paix. Comme j’avais dû entendre dire qu’il y avait la guerre et la famine en Afrique, j’avais dessiné un soldat noir qui laissait son arme pour aider une femme aux champs. J’avais imaginé, dans cette scène naïve, que le soldat, nostalgique de son village et de ses parents, venait en aide à la femme, parce qu’il cultivait de la même façon dans son pays, et qu’il avait besoin de retrouver cette sensation-là, d’être courbé sur la terre en la travaillant à la daaba.
C’est je crois, à cette époque, que L.L. était venu dans mon école de village nous montrer les images d’une mission humanitaire, au Togo ou au Burkina Faso, je ne sais plus. Nous étions allés à la salle des Fêtes pour voir un diaporama et un film, et c’était déjà un événement en soi, se retrouver dans une salle obscure pour regarder des images. Ce sont ces images, les Noirs, les cases en banco dont la rondeur me paraissait si simplement confortable, la route rectiligne se perdant dans cette terre rouge originelle, qui sont peut-être à l’origine de mes évocations africaine. Et d’un coup, la musique, le film sur un balafoniste dont les geste virtuoses allaient trop vite pour la pellicule et n’y avait fixé que le mouvement. Les vibrations et les arpèges du balafon m’avaient ravi incroyablement.
Et l'image du superbe balafoniste est ainsi resté imprimée dans ma mémoire, figure symbolique – de quoi ?- dans ma vie.
C’est peut-être pour faire mien le beau souvenir de mère, et pour comprendre les étoffes riches de couleurs inédites, et pour rencontrer le somptueux balafoniste, et pour être brûlé dans la brousse par le vent d’Harmattan, que je suis venu au Burkina Faso. Bizarrement, quand je suis en France, il m’est quasiment impossible d’en parler. Je ne sais ce que je suis venu vivre ici, mais c’est un quotidien, et il est souvent difficile, voire inutile, de parler du quotidien.
Que dire du quotidien qui serait représentatif, sans tomber dans l’exotisme ? On est tout le temps dehors. On mange dehors, on boit le thé, on reçoit dehors. On chie et on pisse dehors. On se lave dehors. Selon, on se douche au soleil qui nous sèche, ou bien on se lave la nuit, dans le noir, parfois à la bougie.
Que raconter ?
C’est aujourd’hui qui commence : le coq de cinq heures, la poussière soulevée par Aïdara Ma qui balaye la cour, c’est cela qui me sert de réveil.
Et la journée qui finit dans la fraîcheur du barrage, au crépuscule, pour un verre en tête à tête.
Que dire ?
Que, sur le chemin de retour de Bobo-Dioulasso, une panne de car arrêta, comme souvent, tous les voyageurs à Koumbia. Je voyageais seul. Assis sur une souche, j’eus, un instant, un vertige de lumière et de chaleur, entendant rebondir la langue inconnue, et attendant dans ce temps dilaté, en me disant que je vivais mon rêve d'habiter ici un moment de ma vie.
Que raconter du quotidien ?
La joie, la parole, l’ambiance, les rencontres, les amis, la danse et le soleil brûlant. Oui, j’y ai appris tout ça.
2006-2008
jeudi 20 mars 2008
Rêve n°2
C'est ici, dans le rêve n° 2, une maison de village, dans un Sud de la France sans caractéristiques, d'ailleurs il pleut, mais dans un village type village de charme français. La maison est étroite, à plusieurs étages – au moins quatre ou cinq niveaux dans ma perception, bien que je ne l'ai pas visitée en entier. Elle donne, d'un côté, sur une ruelle, de l'autre dans une étroite courette commune, cernée par d'autres maisons.
Dans ce rêve n° 2, je suis au troisième niveau, et c'est une cuisine, avec des WC. Je désire, venant d'arriver seul et m'installant, écrire quelque chose du type : voilà, je suis arrivé, j'ai sorti crayons et papier : je commence la résidence. Je désire en même temps sortir et me promener pour m'approprier le village et entrer en contact avec ses habitants, et acheter une carte postale où je puisse retrouver le nom du village, que j'ai oublié. Un mélange flou fait que je cherche mon cahier, pourtant venant d'être sorti.
Mais à peine ayant commencé à écrire, qu'une sensation confuse d'anomalie me vient et je vérifie les WC. C'est une pièce assez grande par rapport à l'usage qu'on en fait, éclairée d'une vaste fenêtre donnant sur la cour, pourvue d'un rideau blanc-jaune. Le rideau est mouillé et je m'aperçois que coule et suinte de certaines parties du mur un liquide jaune et visqueux – façon liquide vaisselle, mais c'est moi qui l'ajoute ici. Pas sûr d'ailleurs, puisque me vient, dans le rêve, l'idée que j'ai laissé déborder le bac à vaisselle à l'étage supérieur. L'idée s'annule d'elle-même : non seulement la cuisine est à l'étage où je suis, mais je sais que je ne suis pas allé à l'étage supérieur et que je n'ai pas envie d'y aller. L'étrangeté vaguement effrayante qui m'a prise à la vue de l'inondation persiste : je n'ai pas envie d'aller en haut.
C'est en me réveillant (difficilement) que j'ai fait le lien avec la maison du "rêve n°1". C'était pourtant là une maison du genre manoir de campagne, du moins de l'extérieur, et il y avait un jardin assez beau quoique pas entretenu. A l'intérieur, à plusieurs niveaux, seul le 3e ou 4e était équipé pour une vie pratique et moderne, et c'est là que je m'étais installé, gardant les étages inférieurs, plus stylés, pour des "promenades". J'étais parti en exploration dans les étages supérieurs, extrêmement complexes et imbriqués, et j'avais découvert des pièces "secrètes" et vide, au sens où l'on n'y accédait que difficilement, par échelles et finalement, par le haut... La découverte de ces pièces insoupçonnées, pourtant dénuées de meubles ou de choses affreuses, m'avait déjà mis mal à l'aise...
Pendant le réveil, je faisais un lien lié à l'écriture, voire à une résidence d'écriture : j'étais en effet présent dans ces maisons pour écrire, du moins cela semblait aller de soi. Le lien entre les deux rêves est aussi ce vague sentiment de peur ressenti par rapport aux étages supérieurs : l'étage supérieur de la maison n°2 était, je crois, le même que celui de la maison n°1 ; je n'avais pas envie d'y retourner.
Je serai, mardi prochain, installé dans un bâtiment énorme et labyrinthique, le Brise-Glace à Grenoble, pour commencer une résidence d'écriture...


