• Écriture, broderies de mots, extraits de photographies • Ici : Publications et Partage de documents • ces temps-ci : de la musique, quelques vidéos et des poèmes reçus par une chaîne...
• Éditions La Pierre qui Roule • Alexis Garandeau : édition de rencontres en petits tirages •
Le droit de baiser Le droit de fondre en larmes Le droit de s'épanouir Le droit d'être exigeant Et d'exiger Le droit d'être riche De presque rien Le droit d'être pauvre De toutes les richesses Le droit de soulever Des montagnes Le droit d'accoucher De toutes les tendresses Le droit de penser Haut et fort Sans être mutilé Le droit d'opinion Les droits de l'immigré Le droit au travail Le droit de manger Quand on a faim Le droit de faire Et de défaire Le droit à la paresse Le droit d'aimer Sans être châtré Le droit à la faiblesse À la fragilité Le droit à l'intelligence Le défi à la connerie Le droit du plus fort Pour mieux protéger Le droit de l'arbre Face à la tronçonneuse Le droit de s'amuser Sur les pelouses interdites Le droit de sanctionner Un pouvoir déficient Le droit de frapper Malgré les menottes Le droit de rire De devenir fou Le droit de s'éclater À l'herbe sauvage Le droit de crier, de hurler {x2} Le droit d'être enfin reconnu {x2}
Je pense à toi (tu me proposais hier dans un message "qu'on s'attrape") Je te laisse un message (tu réponds rarement au téléphone) c'est "dans la longue étendue d'été" (c'est ainsi que Karen et moi l'avons traduit de Gale Burns) Et hier en effet le ciel bleu était immense et l'été s'étirait immobile et silencieux, éternel (pour moi : heureux qu'il en soit ainsi) J'ai beau savoir où tu es je te cherche Tu n'est pas là et je ne sais pas
India Song est un chef-d’œuvre de
Marguerite Duras. Autant qu’un film : un roman – ou une pièce. India Song est un film qu’on peut
regarder comme on lit un roman : on ne lit pas un roman en une seule fois.
Rarement. Parfois, on s’y ennuie. On fait autre chose et on revient à la
lecture d’un roman. On suit les personnages. Ils vivent devant vous.
J’ai
séduit mon dernier amant, je crois, entre autre parce que je lui ai parlé des
rapports que je fais entre la vie et la fiction, entre la littérature et la
réalité. Jean-François Billeter fait la différence entre la réalité et le
monde, entre la réalité et les mondes qu’on peut en faire, qu’on peut inventer
et créer. La littérature et le cinéma font partie de ces mondes personnels, qui
donnent forme à la réalité indistincte. India
Song est dans ce rapport-là que je fais moi aussi, entre la réalité et le monde : c’est un monde, un
film, un texte, et la fiction des personnages (Anne-Marie Stretter, Michael
Richardson, le Vice-Consul de France à Lahore), mais c’est aussi la réalité et
la vie des comédiens, celle de Delphine Seyrig en 1975. La beauté maigre et
électrique de Claude Mann et celle, une beauté un peu silencieuse, de Delphine
Seyrig, figurant Anne-Marie Stretter : cette réalité indistincte,
contingente, révolue. India Song propose un monde très beau, autour de l’Ambassade
de France à Calcutta où l’ennui et le désir travaillent chacun, où la grâce d’Anne-Marie
Stretter côtoie l’horreur de la misère et de la lèpre.
L’avantage
d’un monde fictif, c’est qu’il est clos. Dans la réalité je suis perdu :
que peut-on inventer, dans la vie, avec les personnages de la réalité qui
vivent devant nous ? Ah, ce sont autant de romans qu’il faut suivre !
Autant de personnages qu’on peut jouer devant les autres, autant de vies
possibles face à eux, pour eux ! Quelles sont les règles dans ce grand jeu ?
Il semble que tout soit possible, et en même temps, c’est impossible.
Le
vent est le bruit essentiel du monde. C’est peut-être une simplification.
Qui
a raison en vérité ? Marguerite Duras fait une proposition parlée,
dialoguée et imagée sans que rien soit synchrone dans un film qu’on pourrait
résumer dans cette phrase qu’elle dit : « Et pourtant, tout le monde
attend quelque chose comme ça, les Indes. » A ces mots qu’elle dit, je
fais tomber une boîte de perles. Et voilà qui en est fait : me voici à
jouer à les ramasser seul devant tout le monde. Voilà tout ce que je trouve à
inventer, à créer : me retrouver seul à ramasser des perles ou des petits
cailloux.
Heureusement
on peut, avec India Song, écouter le
roman dialogué, le texte, puis y revenir pour y voir les images magnifiques :
le long hall où marchent Anne-Marie Stretter, l’attaché autrichien (pourquoi n’en
faudrait-il qu’un seul ?), Michael Richardson et Georges Crawn, puis le Vice-Consul
de France à Lahore. Ou l’image où Madame Stretter est allongée, entourée du
jeune attaché d’ambassade, de Michael Richardson et Georges Crawn, en présence
du jeune invité – le tableau sur lequel
la lumière change, comme celle du jour, puis du théâtre.
India Song
Le visage silencieux
de Delphine Seyrig est somptueusement photogénique ; Mickaël Lonsdale, le
Vice-Consul de Lahore, erre et disparaît, sombre ; les jeunes gens se
promènent (Claude Mann, maigre, somptueux et obscur ; le lumineux Mathieu
Carrière ; Didier Flamand – ils ont ce quelque chose d’électrique des
comédiens de ces années-là ; le plus vieux Vernon Dobtcheff – Georges Crawn
- a grande distinction) dans le désir, l’ennui et la nervosité – c’est une
histoire de passion, donc de mort, représentée par le désir, l’ennui, la misère
et le danger.
Marguerite Duras dans les années 70 : le visage de l'auteur
M.D.
a 61 ans quand elle réalise India Song. Quand on la voit dans les entretiens de
ces années- là (1975), on ne le dirait pas. Finalement on ne connait Marguerite
Duras que très jeune (avant l’écriture) sur des photos où elle semble avoir
toujours 15 ans, puis à travers son visage d’après, le visage de l’écrivain (à
61 ans elle a le même âge qu’à 36, juste après la guerre, quand elle publie Un
Barrage contre le Pacifique), et puis ensuite, très vieille, dans les années
80. C’est comme si elle n’avait eu que trois visages, ou que sa vie se résumât
à ces trois-là.
A
35 ans, j’ai l’impression d’entrer dans mon troisième visage (en espérant qu’il
n’y en ait pas que trois !). Après le visage d’enfant, jusqu’à 13 ou 15
ans, j’avais vieilli d’un coup et pris une forme asymétrique. Et j’étais encore
dans cet après il n’y a pas si longtemps. Mais c'était avant. Maintenant, il semble que ce qui se
passe soit irrémédiable aussi, et qu’il faudram’y faire. Aujourd’hui, c’est comme si il y avait eu un avant, et que
dorénavant ce sera après.
Vous pouvez expérimenter votre propre sens de lecture dans ce bric-à-brac, à partir des rubriques, qui donnent une idée de thématique : Un instant, Écrire, (ne pas) écrire, Photographies, Lieu ou espace, questions etc. ainsi que les projets en cours : ou Rhapsodie au crépuscule ouOpacité du réel / Poésie réaliste - J.-M.Gleize, entre autres, et les publications des Éditions La Pierre qui Roule...
En général, il suffit de cliquer sur une image pour l'agrandir.
Un petit caillou, peut-être, un de ceux que le Petit Poucet avait jeté derrière lui pour retrouver le chemin...
En tous cas, j'essaie de partager, dans ce bric-à-bracj'ai des choses à vous montrer, merci d'être venuE jusqu'ici...
Alexis Garandeau