22 bis rue Ponsard & 40 rue Monge Derniers trucs à déménager, une zone de gratuité samedi où sont passés amis et voisins, avons sorti les bulbes des plates-bandes du jardin Ponsard : tulipes, crocus... qui continueront leur vie dans un autre lieu... "D'un jardin l'autre" a dit Kat. Nous avons l'honneur de vous annoncer la fermeture définitive de ces deux maisons des passeurs-Grenoble, avant destruction. Un film de Joan Folch Poblet est en cours.
Et c'est fou comme je travaille dans cette chambre blanche, alternant avec le bureau de la grande salle... et agréablement distrait par les travaux collectifs, ou les soins données à la basse-cour.
Deux aiguillées de fil vert, brodées aujourd’hui sur Frühjahrmüdigkeit, alors que Silence et Labeur sont terminés (et ont été présentés pour Un Temps à Ponsard), et que Délimiter n’avance pas.
C’est bien le faire qui m’intéresse : le temps de cette écriture brodée, lettre après lettre, et encore, pas forcément dans l’ordre ; ce temps qui dure (45 à 90 min./lettre) pour écrire un mot qu’on connaît d’avance. Sans surprise. Car c’est bien de l’écriture dont il s’agit, même si en l’occurrence elle est brodée.
Dès la première pièce, Labeur, c’est la question du travail qui s’est posée :
« Le travail, ce peut être aussi broder les lettres du mot même au fil de soie perlée. Et écrire/ l’écriture travaille de façon similaire : point par point, mot après mot, dérouler le fil précieux, élucider ce qu’il brode. »
Dans Silence, c’est une parole chantée par un griot malien (« Difficile est la parole ») que j’ai travaillée dans un rapport graphique entre vide et plein, bruit et silence. Cette pièce, directement liée au romantisme d’une histoire d’amour aujourd’hui terminée dans une grande beauté, est quasi thérapeutique.
Délimiter n’avance pas, mais utilise un autre rapport au fil. On pourra dire, si je parviens à la terminer, que c’est la pièce la plus brodée.
Ce temps de réalisation, ce labeur de broderie, me permet de poser des questions autour du genre et autour du travail. La broderie comme activité féminine pose peut-être moins question (encore que de nombreuses artistes travaillent fil, tissu, tricot, broderie ou tricotin dans des performances de lien social ou de discours politique). Une femme qui brode à ses moments perdus ne ferait que s’occuper dans la plus pure tradition féminine des « travaux d’aiguille » (du moins selon les normes de genre) : un loisir, une distraction, une pratique de salon. Si elle brode pour vivre, c’est donc son activité professionnelle (quoi que ces métiers, mis à part celui de couturier, tendent à disparaître – à part dans l’industrie du luxe et de la haute couture…) et économique.
Pour moi qui suis né de sexe masculin, revendiquer cette activité comme faisant partie intégrante de mon travail, l’écriture – qui ne me fait, de surcroît, pas vivre – c’est aller à l’encontre de ce que mon genre social exige de moi, au rôle qu’on m’assigne : travailler, gagner de l’argent et du pouvoir,construire sa vie sur des exigences sociales et financières et non pas personnelles, en mettant en jeu les principes de compétition, de rendement et de compétitivité qui prévalent dans une société patriarcale et capitaliste.
Moi, j’écris, je brode et je travaille des liens : ce sont là mes principales activités, des pratiques de salon, celles qui me demandent le plus de temps et de travail, celles qui me font vivre.
Extrait de Rupture – Replacer l’émancipation dans une perspective sécessionniste par Simon, brochure éditée en juillet 2006
« Dans l’univers des dispositifs de pouvoir, dans ce monde tellement blindé de rôles et de rapports qu’il n’en finit pas de mourir, l’émancipation ne se pose pas comme un programme, un projet alternatif, mais comme une perspective, une ligne : la ligne de fuite.
Le concept de ligne de fuite a été élaboré par Félix Guattari et Gilles Deleuze. Ils distinguent pour cela au sein de nos vies trois types de lignes : la ligne dure, la ligne souple et la ligne de fuite. Les lignes dures sont celles des dispositifs de pouvoir. Tant que nous restons sous contrôle, nous nous contentons de passer d’un segment dur à l’autre : de l’école à l’université, puis au salariat et enfin la retraite. Les lignes dures nous promettent un « avenir », une carrière, une famille, une destinée à remplir, une vocation à réaliser.
Les lignes souples sont différentes mais voguent autour des lignes dures sans les remettre en question : histoires de familles, désirs cachés, rêverie pendant les cours, vilain petit secret, discussions à voix basse autour de la machine à café, micro-politique. Ce sont ces liens qui s’immiscent même au cœur d’un univers de rapports, ces petits refus de respecter le règlement ou le code de la route, ces grèves ponctuelles, ces cours séchés. D’un passage par une ligne souple tu reviens rapidement sur la ligne dure : tout rentre dans l’ordre.
Et enfin il y a les lignes de fuite, et de celles-ci nous ne revenons jamais au même endroit. « Une vraie rupture est quelque chose sur quoi on ne peut pas revenir, qui est irrémissible parce qu’elle fait que le passé a cessé d’exister » (Deleuze et Guattari citant Fitzgerald dans Mille Plateaux). Les lignes de fuite ne définissent pas un avenir mais un devenir. Il n’y a pas de programme, pas de plan de carrière possible lorsque nous sommes sur une ligne de fuite. « On est devenu soi-même imperceptible et clandestin dans un voyage immobile. Plus rien ne peut se passer ni s’être passé. Plus personne ne peut rien pour moi ni contre moi. Mes territoires sont hors de prise, et pas parce qu’ils sont imaginaires, au contraire, parce que je suis en train de les tracer. » (Mille plateaux)
« Nous devons inventer nos lignes de fuite si nous en sommes capables, et nous ne pouvons les inventer qu’en les traçant effectivement, dans la vie » (ibidem). La destination est inconnue, imprévisible. C’est un devenir, un processus incontrôlable. C’est notre ligne d’émancipation, de libération. Elle est le contraire du destin ou de la carrière. Et c’est sur une telle ligne que je peux enfin me sentir vivre, me sentir libre.
Durant huit mois, la maison Ponsard a été chahutée par la vie et les rencontres.
Deux soirées et un rendez-vous rassemblent les personnes qui ont nourri ces espaces.
SAMEDI 26 SEPTEMBRE A PARTIR DE 20H Peinture pariétale no 986341 atelier 2009 de Fred Helle avec duo de musique soudaine
composé d’Anne-Laure Pigache (voix) et de Vincent Copier (batterie – percussions)
Projection de mis(e) en pièces Installation de louise catherine drève février 2009 au Brise Glace La chambre de David et Jonathan Prises de vue à Ponsard photographies de Marion Massip Bureau nomade et provisoire (4) Alexis Garandeau et éditions La Pierre qui Roule Vider les lieux Prises de vue au Brise Glace Photographies de Yann Montigné
DIMANCHE 27 SEPTEMBRE A PARTIR DE 19 H Installation de mots Laëtitia Bischoff jardin en camisole une tentative à Ponsard lecture du journal et installation en cours de louise catherine drève Peinture pariétale no 986341 atelier 2009 de Fred Helle La chambre de David et Jonathan Prises de vue à Ponsard photographies de Marion Massip
Bureau nomade et provisoire (4) Alexis Garandeau et éditions La Pierre qui Roule
Vider les lieux Prises de vue au Brise Glace mars 2009 Photographies de Yann Montigné
20 ans de cendres Projection et photographies de Yann Montigné Projection de mis(e) en pièces Installation de louise catherine drève février 2009 au Brise Glace
LE KIT DE PASSE : >> Amener >> Bougies, bougeoir ou coupelle, >> Goûter, grignoter, déguster, >> Boire, fumer, discuter
* Pour les primo-arrivants : Le 22 bis, rue Ponsard se situe entre l'arrêt de tram Mounier et l'arrêt MC2, à l'angle entre l'avenue Marcelin Berthelot et la rue Ponsard, ouvrez le portail blanc en soulevant la clenche...
jeudi 10 septembre 2009
Il est étrange de s'endormir pour la troisième nuit dans une chambre blanche et nue, vide à part un lit très haut, une table ovale et un banc raide, en pressentant que cette chambre a toutes les chances d'être sienne pendant les mois qui suivent...
Il suffit de cliquer sur une image pour l'agrandir. Vous pouvez aussi expérimenter votre propre sens de lecture, à partir des libellés ou rubriques, qui donnent une idée de mes thèmes de prédilection : Graphisme, photographie, Refuge, Lieu ou espace, Burkina Faso, etc. ainsi que les projets en cours : Palimpsestes, entre autres, et les publications des Editions La Pierre qui Roule...
Une tortue... ou un héron, solitaire et cendré... un papillon coloré...
Une lampe magique venant du Sud...
Ou encore : Le ciel soudain de Ziguinchor...
Une fleur de flamboyant...
Un petit caillou, peut-être, un de ceux que le Petit Poucet avait jeté derrière lui...
Concrètement, je suis graphiste de formation, j'écris et j'édite avec bonheur et passion, je peins en toute modestie... En tous cas, j'ai des choses à vous montrer, merci d'être venuE jusqu'ici...
Alexis Garandeau