Affichage des articles dont le libellé est Photographie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Photographie. Afficher tous les articles

dimanche 22 mars 2020

6ème jour de confinement (dimanche 22 mars 2020)



6ème jour de confinement (dimanche 22 mars 2020)
Levé tard, je m’habille et je sors acheter du pain. Je discute avec C. et J. qui font la queue devant chez le boucher, le petit J. est charmant. Petit-déjeuner. Je redescends acheter des cigarettes. Les discussions avec les gens croisés sont désabusées, floues, dans l’expectative… J’appelle S. mais il fait son footing. J’appelle Tatie MP, on discute une demi-heure. Mais je sens que ce que je raconte est un peu déprimant. J’éteins mon téléphone portable, ce sera une journée sans – ou du moins je vais essayer. Je bois un café à la fleur d’oranger, fume une cigarette. Je sens que la journée va être longue, je me sens un peu triste, un peu seul. Le silence est plus grand aujourd’hui dimanche, je reste dans ce silence, et je regarde les nouvelles sur Internet…
Depuis le 24 janvier 2020, la France compte 14 459 cas de Coronavirus COVID-19 et 562 personnes sont décédées depuis le début de l'épidémie. Nous en sommes à 311 988 cas confirmés dans le monde (22 mars 2020, à 13h00), 13 407 décès et les 93 790 guérisons. Pour rappel, le paludisme avait fait 584 000 victimes dans le monde en 2013, dont une majorité d’enfants en bas âge ; la moyenne annuelle semble être de 429 000 décès de la malaria par an. Quant au Sida, il fait encore 940 000 victimes en 2017 dans le monde.
Je continue l’écoute de l’émission Le Feu, la Rage, l’Orage, qui est vraiment très bien. Je mets une cloche (une « cloche de conscience / mindfull bell » https://awakeningbell.org/), je ne sais pas pourquoi mais elle me soutiendra spirituellement une partie de l’après-midi.
J’ai sur le fauteuil l’exemplaire prêté par K. : « Writing the real », a bilingual anthology of contemporary French Poetry, édité par Nina Parish et Emma Wagstaff. Je me dis qu’il faudra m’y plonger, qu’écrire le réel reste un enjeu aujourd’hui, que le réel opaque demeure une énigme.
Je réponds à quelques mails. Je continue d’écouter Radio Pikez, notamment le journal de confinement d’Adèle.
C’est ce temps étiré, sans urgence comme sans priorité, qui est très impressionnant. Ce n’est même pas le temps de la maladie ou de la convalescence, où la priorité du moins est de soigner le corps et d’aller mieux, où tout le temps est concentré à ça : la guérison. Mais là, maintenant, il n’y a même pas cette perspective. Sans but et sans objectif autre que l’objectif collectif.
Après je remets Let’s have a kiki. Plusieurs fois. Pour essayer de choper des trucs de la chorégraphie.
Je me remets à lire Les Âmes fortes de Giono. C’est plaisant à lire. Les tourterelles et les moineaux posés dans les branches au-dessus du poulailler mon font un spectacle : ils vont et viennent dans la cabane pour picorer de quoi manger. Je repense au Cavalier Noir. Je reprends le fichier, retrouve le cahier de notes, et me remets à y travailler. Dans les recherches, je tombe sur la photographe Vivian Maier. Internet. Je découvre ça aussi : Pascal Gillet et ses chansons, et sur cette Chronique dakaroise (Paroles de confinement). Goûter vers 16h30, thé. Le découragement et la tristesse se sont estompés, j’ai mis du temps à laisser la place au silence et à accorder mon intérieur au contexte.
J’en suis épuisé et je vais faire une sieste. Réveil à 19h30. Textos (de F., Ak, CJ, Ad), message de S. Internet. Photographie de Vivian Maier, fanfare jazz de MEUTE… Dîner.
Un vrai dimanche.



Vivian Maier, photographe

MEUTE, You & me

mercredi 25 juillet 2018

Un instantané chez A.


Dans le jardin d'à côté :
un prunier sévèrement élagué, mais dont trois rameaux fleurissent résolument. Sur le fil électrique juste au-dessus, une tourterelle attend sa pareille.

mardi 27 mai 2014

Un début de compilation.... un nouveau carnet ?




Narcisse à sa fenêtre
Portraits

(extrait)



[Brise Glace, oct. 08]
Quelqu’un (la photo est un peu floue) avec un manteau en tartan rouge, sur un mur rouge, buvant une canette de bière rouge.

[À un concert] peut-être en N & B
Le profil solennel et régulier d’un jeune homme debout dans le public, au milieu des silhouettes, éclairé de face par un projecteur : l’arête de son nez droit se découpe dans le noir.

[Au jardin de la Poterne, 2009]
Une dame déjà âgée, au regard bleu pétillant, porte un turban bleu. Dans un miroir derrière elle, le profil d’une femme entre deux âges qui porte un fichu.
Poterne n.f. (lat. posterula). Porte secrète de fortification, donnant sur le fossé.

(projet en cours ?)

vendredi 4 février 2011

Revues et autres lettres

Internet permet d'écrire, rend possible d'étranges revues, des blogs improbables (lus, pourtant, à travers le monde de façon plus improbable encore).
Je ne sais pas, moi, ce qu'Internet change à mon écriture (voir la revue remue.net, à part de toucher sans le bien savoir des lecteurs, qui me font des retours ou non. Quinze à trente lecteur-rices par semaine (je m'en étonne) qui lisent d'une dizaine à une cinquantaine de pages (ce qui m'étonne encore plus). Internet, et les blogs, permettent me semble-t-il d'être simplement écrivain (ou écrivant, personne relativement dévouée à l'écriture, selon la définition de Hervé Guibert). L'autorisation d'être un écrivain dans cette définition : une personne qui écrit.

remue.net
Ce qu'Internet change à votre écriture

Anthony Poirardeau, Internet me fait écrire, remue.net
" Internet me permet d’être débutant, d’être à une position entre rien que littérairement j’étais sans blog et quelque chose que je voulais maladivement être et que je n’essayais même pas d’être par peur de l’échec, et de la révélation de nullité qui aurait pu résulter de la tentative. Rien et quelque chose n’ayant de sens que dans cette situation mentale flippée d’idéalisation et de sacralisation de l’écrit littéraire, situation que m’a justement permis d’invalider pour moi-même le fait d’écrire des textes à mettre en ligne sur internet."


Ce qui secret

Dans cette revue, travaillant sur le thème Maintenant le oui :

Eric Pessan écrit...
Anne Kawala dessine des graphiques aux étranges perspectives...
Régis Guigand poétise ses doutes et ses certitudes :
Nous sommes
rien
et encore capable de le dire.


Ou encore
St Loup secret & lies, ce blog qui nous offre des citations hebdomadaires ou bimensuelles, comme un éphéméride des humeurs et des lectures d'un homme inconnu et énigmatique qui deviendrait presque un ami virtuel... J'y retrouve avec plaisir mes propres lectures : Marguerite Yourcenar (" Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin."), Duras (" Elle dit: De tout, d’un vol d’oiseau de nuit, d’un sommeil, d’un rêve de sommeil, de l’approche de la mort, d’un mot, d’un crime, de soi, de soi-même, soudain sans savoir comment." ), de Michaël Cunningham...

Et aussi les notes gay de Thomas Querqy, chroniques sur l'art, la politique, les voyages, les photographies. Chronique personnelle d'un citadin, très exotique depuis ma campagne où je le lis régulièrement, qui me tient au courant, d'une plume charmante, de "ce qui se fait".

Internet fait des liens étranges, une toile d'araignée dont on ne sait plus où elle est, ni l'araignée, ni sa toile...

mardi 18 janvier 2011

Vers mal arrimés

J'ai le plaisir de confirmer la publication des
Vers mal arrimésd'Ernest Boursier-Mougenot
(La Pierre qui Roule, 42220 St-Julien-Molin-Molette, 2011)

Un recueil de poèmes divisés en quatre chapitres :

le premier et le dernier, Profils et Dans le rétroviseur, permettent à Ernest de se présenter et de visiter, dans des vers sonores, ses souvenirs de Grasse et de Nancy, ses illuminations esthétiques de l’enfance (les cerises dans le poème Juin), son plaisir de jardiner,
et les deux autres, où l’auteur s’amuse à d’énigmatiques Charades en regardant par la croisée ou en faisant du vélo, ou fait des blagues avec des vers de mirliton dans Pitreries.
Le titre est tiré à 300 exemplaires et comporte deux polaroïds du photographe grenoblois Ludo B.


Né à Nancy dans les années 30, Ernest Boursier-Mougenot a passé une enfance proche de la nature dans l’Est et le Midi de la France. Après avoir suivi les cours de l’Ecole Nationale des Métiers d’Art à Paris, il fugue en Lorraine où il est berger avant de pratiquer les Arts-Plastiques dans le Sud-Est.
En 1980 il est Chargé d’Inventaire des Jardins Remarquables des Alpes-Maritimes et publie

Jardins de la Côte d’Azur
(Edisud, Aix-en-Provence / MIT press, Massachussets, Etats-Unis,1987)
avec Michel RACINE

Jardins méditerranéens,
lumière d’été, lumière d’hiver

(format paysage éditeur, 1993)
avec des aquarelles d’Alain GOUDOT

L’Amour du banc
(Actes Sud, Arles, 2002)
Cette anthologie du banc, de l’Antiquité à nos jours, comporte quelques 400 images, reçoit, en 2003, le Prix Saint-Fiacre de l’Association des Journalistes des Jardins et de l’Horticulture (A.J.J.H) et fait aujourd’hui référence auprès des designers et des architectes.

Il vit à présent à SAULIEU (21), dont j'ai déjà parlé ici, une petite ville où il a dessiné son minuscule jardin dans une ancienne corderie : verger, potager perpétuel, bosquet, collection de rosiers, pivoines et clématites.

Son précédent ouvrage :

Les Ani’mots de Buffon
(L’Escargot Savant, 21230 Vievy, 2009)
préfacé par Allain Bougrain-Dubourg
Un bestiaire analogique, qui rapproche d’une soixantaine d’animaux, en majorité décrits par Buffon, tout ce qui porte le même nom qu’eux. Dans le magazine Vents du Morvan, Pierre Léger nous dit :
« Ce beau livre, richement illustré, est tout à fait inclassable. En revisitant le bestiaire de Buffon, l’auteur nous offre une promenade à la fois littéraire, ludique et riche d’informations : une leçon de vocabulaire croisée, avec style, à une leçon de Sciences naturelles. Nos amies les bêtes y sont croquées avec élégance. (…) Finalement, ce livre inclassable, c’est juste à côté des Histoires naturelles de Jules renard qu’il faut le ranger. »

(Vents du Morvan n°34, Printemps 2010)




mercredi 9 juin 2010

Le personnage qui renoue le lacet de sa chaussure



Si vous aviez été, un vendredi de mai, à 17h56, sur le parking de Sakinata Company, vous auriez vu un homme, un peu ébouriffé, vêtu d’une veste et d’un jeans noirs, les manches de son pull beige foncé remontées sur celles de la veste noire, en train de se pencher sur la terre… pour renouer le lacet de sa chaussure droite.
Vous pouvez douter de l’exactitude de ce fait, précis mais néanmoins anodin, et loin d’être remarquable, parce que vous pensez que je suis le seul à le relater.
« L’écrivain, dites-vous, a droit à toutes les fantaisies. Il suffit de le savoir pour se rappeler qu’il conduit son imagination à produire un résultat qu’il soumet à notre jugement.
_ Non, vous répondrai-je. Non. Car il y a une photographie. Cet instant très précis et cependant anodin a été aussi remarqué par quelqu’un qui en atteste l’existence passée : un photographe.
Peut-être n’auriez-vous pas remarqué ce moment si vous aviez été, ce vendredi-là, à cette heure-là, en ce lieu-là ; mais si vous aviez observé cet homme, à cet instant-là, et sa façon de relever la tête vers le ciel après avoir relacé sa chaussure – ce que le photographe n’a pas su capter, vous auriez compris que tout s’était joué à ce moment précis.
Vous avez le droit de me penser comme un simple bonimenteur, mais je trouverais ça exagéré, surtout si vous continuez à lire cette histoire, que je raconte par la fin :
Etienne Seux s’était penché vers la terre, avait renoué son lacet, avait relevé la tête vers le ciel et tout s’était joué dans ce mouvement.

Etienne Seux avait passé une partie de la nuit à danser au Shanghaï. Il avait croisé quelques amis et s’était bien amusé, et n’était pas rentré trop tard, mais ce n’était de toutes façons pas grave, car il ne travaillait qu’à dix heures le vendredi. C’était quelque chose qu’il avait dealé avec Stéphanie, la dir com : il travaillait alors jusqu’à 19 heures. Cela arrangeait aussi Stéphanie pour boucler la publication du week-end qui partait à l’imprimerie à 20 heures. Etienne pouvait donc sortir le jeudi soir, ou faire des choses pour la colocation le vendredi matin.
Etienne Seux s’était donc couché, ravi de sa soirée, et assuré de pouvoir dormir un peu le lendemain matin.
Mais au réveil, Etienne Seux se sentait de très mauvaise composition. Il se sentait fatigué et mélancolique. Pendant la nuit, de gros nuages gris et ronds s’étaient amoncelés dans sa cervelle. Avant même d’ouvrir les yeux, il se sentit le regard noir et désespéré. Il se regarda dans la glace et put vérifier qu’il valait mieux éviter de le faire quand on était désespéré.
Il jeta un œil par la fenêtre pour voir le temps qu’il faisait : sombre et gris, il pleuvait à verse. Etienne se dit que c’était un temps de merde, et qu’il était aussi simple d’ouvrir la fenêtre, de prendre appui sur la balustrade, de mettre un pied sur le rebord et de se laisser tomber dans le vide.
Une compagnie de pigeons traversa le ciel dans une grande courbe et une feuille d’érable s’accrocha un instant au linge étendu en face. En bas, dans la rue, quelqu’un marchait sous un parapluie jaune et disparut.
Etienne prépara du café, fit sa toilette, remplit un bol de céréales et y versa du lait. Tout lui était pénible, vain et douloureux.
Il prit son petit-déjeuner en silence, sans la radio qu’il mettait d’habitude, doucement parce que ses colocataires, Lofti et Eva, dormaient encore.
Il n’arriva pas à finir son bol de céréales, et cela lui fit monter les larmes aux yeux. Il se resservit du café et alluma une cigarette d’une main mal assurée. Il se rappela qu’il devait acheter une courroie pour remplacer celle de la machine à laver, et cela le clama un peu. Après avoir terminé sa cigarette, il s’habilla pour sortir.
Il finit par trouver le magasin, tout en pestant parce qu’il n’avait noté l’adresse nulle part. Une fois devant le vendeur, il s’aperçut qu’il n’avait pas emporté le modèle de la courroie, ni noté la référence. Il se trouvait ridicule d’être sorti sans avoir vérifié qu’il avait tout emporté.
Si ce n’était pas déjà le cas, Etienne Seux commença à se détester.

En sortant du magasin, il vérifia qu’il avait le temps de boire un café avant d’aller au bureau. « Cela me réveillera et me mettra dans une meilleure humeur. » Le café était dégueulasse et la serveuse avait mal dormi, ce qui ne lui permettait pas d’être avenante comme d’habitude.
Quand Etienne Seux entra dans les locaux de Sakinata Company, il avait la démarche d’un condamné à mort. Il se dirigea vers son bureau sans saluer ses collègues. Il n’avait envie de rien, mais surtout pas d’être ici.
Je ne m’attarderai pas sur la journée de bureau d’Etienne : le travail salarié, routinier et mesquin, est souvent ennuyeux. Il y aurait pourtant un roman à écrire sur les incroyables luttes de pouvoir, sur les intrigues extraordinaires et les sentiments exacerbés qui ont cours dans l’entreprise.
Je noterai seulement que Pauline, la secrétaire générale, était particulièrement sympathique à l’égard d’Etienne, et lui proposa même de déjeuner avec elle, alors que la directrice de la communication, Stéphanie, faisait preuve de plus d’autorité que nécessaire. Elle lui reprocha encore de n’avoir pas bouclé à temps les deux derniers catalogues qu’on lui avait confiés. Elle annonça d’ailleurs à Etienne que le directeur souhaitait le voir à 17 heures.
« Bonne ou mauvaise nouvelle ? Sois prêt, se dit Etienne. En tous les cas, cette journée est merdique. »

Pauline et Etienne allèrent déjeuner chez Oscar. Etienne commanda un steak tartare parce qu’il en avait diablement envie. Mais la viande n’était pas fraîche et il y toucha à peine. Pauline essayait d’animer la conversation :
« J’ai envie de changer de job. Tu ferais quoi, toi, si tu quittais le bureau ? Et si tu pouvais changer de vie, tu préfèrerais quoi ? »
Mais Etienne n’était pas d’humeur à faire des châteaux en Espagne. Il pensait à la courroie de machine à laver (il faudrait y retourner lundi), au brocoli surgelé qu’il fallait manger avant la date de péremption, au livre qu’il n’arrivait pas à finir… A Bruno et Patricia qu’il n’avait toujours pas rappelés. A sa mère, aussi, qu’il n’avait pas appelé depuis longtemps. Mais pour lui dire quoi ? En un mot, il se sentait lamentable.
Pauline mettait beaucoup de bonne volonté à détendre l’atmosphère. Pour ne pas lui être désagréable, Etienne finit par réussir à lui sourire pâlement.

L’après-midi au bureau fut de la même teneur que la matinée. Je ne m’y attarderai pas plus. A 17 heures et quelques, le directeur fit entrer Etienne dans son bureau, avec Stéphanie et pauline. Etienne, assis seul devant les trois autres, eut tout de suite l’impression d’être mis sur la sellette.
Le directeur prit une mine ennuyée et sévère pour dire que ça n’allait pas du tout, et faire un discours sur les travaux pas fignolés ou en retard. Quand il ajouta qu’Etienne leur avait perdre deux clients ces trois derniers mois, Stéphanie éclata de colère en ramenant encore ces histoires sur le tapis, disant que c’était inadmissible d’être aussi peu professionnel.
« La première fois, Appoline avait la varicelle et j’ai dû partir la garder. La seconde, c’est le client qui a fait de lourdes corrections après l’heure limite qu’il avait lui-même fixée », pensa Etienne, découragé que ces raisons déjà formulées devant le directeur avec ses excuses, n’avaient pas été prises en compte. De toute façon, quand Stéphanie était énervée, cela ne servait à rien de se justifier.
Pauline n’avait pas l’air de cautionner la mise au point dont Etienne faisait l’objet, mais ne pouvait pas vraiment le soutenir non plus. Le ton de Stéphanie n’avait que monter.
« Elle ressemble à la Reine de Coeur dans Alice au Pays des Merveilles, quand elle hurle : qu’on lui coupe la tête ! Qu’on lui coupe la tête ! »
Etienne fut sorti de ses pensées par les cris de Stéphanie : « Qu’on me débarrasse de cet incapable ! » et par le directeur qui disait : « En effet, Etienne, vous nous quitterez à la fin du mois.
_ Je… Je ne me sens pas bien, je ne me sens pas très bien depuis ce matin. Je… Je crois que je vais rentrer. »
C’est tout ce qu’Etienne parvint à répondre avant de se lever et de quitter le bureau. Pauline avait l’air consterné, le directeur exaspéré et Stéphanie, rouge de colère, continuait à hurler : « Quel crétin, mais quel crétin fini ! »
Etienne, lui, se sentait lamentable et pitoyable, encore plus désespéré que le matin.

Il sortit des locaux de Sakinata Company et se retrouva sur le parking. Il regarda sa montre ; il était 17h55. L’idée qui lui était venue le matin devant la fenêtre lui revenait en mémoire.
Alors, il s’était penché pour relacer sa chaussure droite et, en relevant la tête, il eut l’impression que le ciel s’était éclairci, que le temps s’adoucissait et devenait moins humide. Il avait cessé de pleuvoir.
C’est donc cela que vous auriez pu voir si vous aviez été là à cet instant précis.
Le nez en l’air, Etienne Seux se dit qu’il serait bientôt débarrassé de ce boulot minable, qu’il avait envie d’aller boire un verre dans un bistro où il avait des chances de croiser des amis, qu’il appellerait bien Patricia et Bruno pour leur proposer un cinéma, et qu’il inviterait volontiers du monde à la coloc pour manger un gratin de brocoli.

Une fois debout, Etienne Seux trouvait que la vie était belle.
Il prit une grande inspiration, enfonça ses mains dans les poches de son pantalon, et se mit à marcher.

Alexis Garandeau
Marathon Saint-Julien-Molin-Molette
Les ╠h╣auteurs
Mai 2010


mercredi 9 décembre 2009

Un silence isolé du monde ?

Certains m’imaginent, ici en vacances, ou isolé du monde… C’est drôle. J’ai plutôt l’impression que c’est le monde qui m’isole et qui m’oublie, qui me permet de l’oublier, et c’est assez agréable et reposant… Et, vivant avec une dizaine de personnes, dans une campagne certes silencieuse (ou presque), dans une maison régulièrement accueillante pour qui vient d’ailleurs, comment me sentirais-je isolé ? Comment parler d’isolement, de retraite, dans ce monde en réseau, en réseaux ? Comment être isolé aujourd’hui avec le courrier postal, la radio, le téléphone, Internet ?
Parlons blog. C’est un monde hallucinant – et pourtant je le connais fort peu – à géographie aléatoire, affective, sans frontière, me semble-t-il… Ce sont, partout (ici !), des livres qui s’écrivent au quotidien, aux quotidiens (ou non) de leurs auteurs : des livres qui se donnent à lire en même temps qu’ils s’écrivent. On passe de l’un à l’autre sans limite et si je rends visite à mes blogs amis : Thomas Querqy et le florilège de citations de Saint-Loup, je passe à la découverte de Nicolas Ravière et au graphisme de "J'ai flané pour vous", je passe à la photographie avec cette étrange Shooting Gallery 365, le travail de Heriberto Aguirre qui m'amène à celui d'Antoine … C’est vertigineux. Vérifiant parfois combien de lecteurs viennent me lire ici, je suis toujours surpris : qui pouvez-vous bien être ? Par où êtes-vous arrivés ici ?

Mais c’est là la magie vertigineuse de la Toile : si je fais une recherche sur le photographe espagnol Garcia-Alix, je découvre ces images...
Si je cherche des images de Malick Sidibé, je vais tomber sur les portraits d’Antoine Tempé et sur le travail de Alioune Bâ.
Si je me documente sur Brassaï, j’apprends l’existence historique du Bal des Quat’zArts et du Bal du Magic-City – ce qui me fait dire qu’on a tout de même bien perdu en liberté des corps – et du personnage incroyable de Barbette, ce qui me ramène à Man Ray…
Bref, avec Internet, ses blogs, ses images, ses textes, le monde entier ou presque est à la portée d’anonymes autodidactes.

Hélas, j’ai appris qu’un ami, après avoir tenu ce type de journal internautique qu’est le blog, pendant deux ans, l’avait supprimé. Le résultat est qu’il n’est plus en ligne mais, pour moi, cela veut dire qu’un livre a disparu : un livre inachevé qui se lisait au moment même où il se faisait a été définitivement autodafé. Et ce supplice par le feu est même plus violent, car avec la Toile, pas besoin de feu, aucun spectacle, nul espoir qu’un exemplaire soit sauvé par un bibliophile aussi résistant qu’affolé : il suffit d’un clic, il n’y eut qu’un déclic. Le vertige formidable (au sens classique du terme : redoutable) me semble devenir un cauchemar (mais peut-être les fichiers existent-ils encore quelque part ?).
Je ne pense pas qu’on ait encore pleinement conscience de la révolution que ce réseau informatif a sur le cours du monde : Internet est ce qu’on en fait. Ce qui laisse tout de même pas mal de liberté. Du moins pour l’esprit.
J’en reste flou.

mardi 15 septembre 2009

Un temps à Ponsard

Grenoble
22 bis, rue Ponsard*
Durant huit mois, la maison Ponsard a été chahutée par la vie et les rencontres.
Deux soirées et un rendez-vous rassemblent les personnes qui ont nourri ces espaces.

SAMEDI 26 SEPTEMBRE A PARTIR DE 20H

Peinture pariétale no 986341
atelier 2009 de Fred Helle
avec duo de musique soudaine
composé d’Anne-Laure Pigache (voix) et de Vincent Copier (batterie – percussions)



Projection de mis(e) en pièces
Installation de louise catherine drève
février 2009 au Brise Glace

La chambre de David et Jonathan
Prises de vue à Ponsard
photographies de Marion Massip

Bureau nomade et provisoire (4)
Alexis Garandeau et éditions La Pierre qui Roule

Vider les lieux
Prises de vue au Brise Glace
Photographies de Yann Montigné

DIMANCHE 27 SEPTEMBRE A PARTIR DE 19 H

Installation de mots
Laëtitia Bischoff

jardin en camisole
une tentative à Ponsard
lecture du journal et installation en cours de louise catherine drève

Peinture pariétale no 986341
atelier 2009 de Fred Helle

La chambre de David et Jonathan
Prises de vue à Ponsard
photographies de Marion Massip
Bureau nomade et provisoire (4)
Alexis Garandeau et éditions La Pierre qui Roule
Vider les lieux
Prises de vue au Brise Glace mars 2009
Photographies de Yann Montigné
20 ans de cendres
Projection et photographies de Yann Montigné

Projection de mis(e) en pièces
Installation de louise catherine drève
février 2009 au Brise Glace

LE KIT DE PASSE :
>> Amener
>> Bougies, bougeoir ou coupelle,
>> Goûter, grignoter, déguster,
>> Boire, fumer, discuter

* Pour les primo-arrivants :
Le 22 bis, rue Ponsard se situe entre l'arrêt de tram Mounier et l'arrêt MC2, à l'angle entre l'avenue Marcelin Berthelot et la rue Ponsard, ouvrez le portail blanc en soulevant la clenche...

vendredi 29 mai 2009

Vanités



 


Hélas ~ tant mieux ? ~, je ne sais à qui je dois cette image ! (4 novembre 2012)

jeudi 28 mai 2009

jeudi 25 décembre 2008

Heriberto Aguirre, photographe


Dans la série Sud, le regard de Heriberto Aguirre joue encore une fois avec les apparences, et nos propres idées reçues...




Une image de la série Esperando, du photographe mexicain Heriberto Aguirre Astorga. "En attente" ou "en espérance", les modèles intéressent le photographe en tant qu'individus au moins autant qu'en tant qu'image, falsifiable, représentative et politique.

J'aimerais pouvoir écrire plus et mieux sur le travail de cet ami, mais chaque fois, mon rapport à la photographie me limite : puis-je parler à la place d'un photographe dont je me suis approprié une image ? Oui, si on part du principe qu'il est au moins aussi menteur que l'écrivain. Non, ou bien il faudra en assumer le silence glacial, voire la douleur, me raconte mon expérience personnelle avec les photographes...

jeudi 18 septembre 2008

Leçon de ténèbres


C'est de circonstance, j'imagine, ou de saison. Je lis ou relis ces littéraires leçons de ténèbres que sont Cet amour-là, de Yann Andréa et Albertine disparue, et je me rends compte rétrospectivement que mes Poèmes en tous sens sont, bien modestement, de cet ordre-là.
Septembre nous surprend d'un vent glacial, bien que nous nous régalions de girolles encore, et de mûres, en travaillant, le photographe Olivier Pique et moi, sur le livre Entre Chien et Loup.
Je me sens dans un grand silence d'écriture. Et ce qu'on me demande de faire de mes mots m'est bien douloureux. Ce désert, cependant, doit m'être nécessaire, et je le veux vivre et surmonter.

Mais j'ai peur de cet automne - le vent du dehors est si piquant déjà ! - et de l'hiver qui va suivre, qu'on annonce sec et froid... J'en ai supporté d'autres, avant, mais en voilà trois que j'ai passé dans le vent d'Harmattan en mangeant des papayes...
Accordez moi le silence. Je fais ma leçon de ténèbres.

lundi 25 août 2008

Phonolite


Voici la jaquette que j'ai créée pour le groupe de jazz ethnique Phonolite, sur une très belle photographie de Bérangère Haëgy.

Phonolite (guitare, basse, percussions et saxophone) compose et propose une musique aux multiples inspirations : jazz, rock, afro-beat avec des évocations de voyages... tantôt en Afrique, tantôt en Orient.
Les rythmes sont variés, syncopés voire déstructurés. Et les membres sont tout simplement adorables...

jeudi 21 août 2008

Vacances

Étrange et rageant de voir que mon rythme de travail correspond plus ou moins au rythme officiel de la société, et que je suis, moi aussi, plus ou moins en vacances au mois d'août !

Plus ou moins, en effet, car je termine ma résidence d'écriture au Brise Glace et suis en train de finaliser les Instantanés, que j'espère imprimer en septembre... Ce sera un petit livret de photographies écrites, et seulement écrites : les images, en tant que telles, n'existent pas, ou dans ma tête seulement, mais ce sont des images réelles, qui ont existé. J'en reparlerai.

Je continue aussi les Palimpsestes, et vous en livrerai quelques images bientôt.

Une nouvelle idée de livre est en train d'émerger, qui serait a priori un roman de forme plus traditionnelle que mes précédents petits textes, dans une forme proche du Nouveau Roman ; c'est fou, c'est jouissif et flippant...