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mercredi 8 octobre 2008

Bibliographie - 5

Instantanés
D'Alexis Garandeau
Livret 16 pages, couverture quadri sur Rives tradition, 4 euros (prix public) à paraître le 9 octobre 2008, aux éditions La Pierre qui Roule, est disponible au Square-Librairie de l'Université à Grenoble (rayon photographie), après avoir été en consultation à l'Hypermédiathèque "Habiter au bord de la panique", au Théâtre 145 à Grenoble.
Il peut être commandé à l'adresse suivante : lapierre.quiroule@yahoo.fr
ou dans votre librairie préférée (ISBN : 978-2-9533211-0-4)

Il est aussi disponible à la vente à la Librairie Bonnes Nouvelles, rue Dominique-Villars à Grenoble, ainsi quà la Librairie du Magasin-Centre National d'Art Contemporain de Grenoble.




mardi 2 septembre 2008

Fin d'Echelle 5 à 7 au Brise Glace

J'ai habité le lieu, modestement, pendant cinq mois, dans le cadre des résidences échelle 5 à 7. Il m'a habité, d'abord, comme une absence, quand je suis arrivé en mars, qu'il y faisait encore froid et qu'il m'a fallu m'accoutumer à l'allumage du poêle dans l'appartement où j'avais ma chambre-bureau.
Ce Brise Glace, énorme bâtiment oblong profilé sur la rue tel un bateau vitré, m'a d'abord paru comme un magnifique mausolée glacial où la figure principale était absente. Et puis, un rythme de travail et de découvertes s'est instauré, expérience que j'ai dégusté avec délectation.
Petit à petit, ce navire qui me désorientait m'est devenu un refuge, loin des fureurs du monde, où j'ai pu protéger ma pépinière de mots. De là, je partais aux bibliothèques, aux expositions, au café. Dans leur serre, loin du vent du dehors, les mots ramenés ont prospéré, les phrases se sont construites et les idées éclaircies. Ce fut un asile, dans une solitude intermittente qui m'était nécessaire.
Sans ce temps et cet espace, les Instantanés n'auraient pu être imaginés, et tout un travail de sédimentation et de maturation n'aurait pu s'accumuler dans cet humus d'où reprendra une écriture plus finale...
Et le lieu, dans son étrange absence, s'est imposé à moi : l'odeur de térébenthine des ateliers de E. et de J., le bruit des talons de M.C., l'adrénaline dans l'escalier noir, les discussions avec Louise Catherine Drève ou S., la prudence parfois voire la suspicion, parfois même le dégoût du lieu et la fuite de ses habitants.
Parfois, il y a une fête sur le toit ; le bâtiment désolé de son second déclin vibre et tremble comme un vieux homme à un mariage...
Hier j'ai rangé ma chambre-bureau, claire et blanche, n'y laissant que des cailloux de Petit Poucet, et j'ai quitté le Brise Glace.

jeudi 21 août 2008

Vacances

Étrange et rageant de voir que mon rythme de travail correspond plus ou moins au rythme officiel de la société, et que je suis, moi aussi, plus ou moins en vacances au mois d'août !

Plus ou moins, en effet, car je termine ma résidence d'écriture au Brise Glace et suis en train de finaliser les Instantanés, que j'espère imprimer en septembre... Ce sera un petit livret de photographies écrites, et seulement écrites : les images, en tant que telles, n'existent pas, ou dans ma tête seulement, mais ce sont des images réelles, qui ont existé. J'en reparlerai.

Je continue aussi les Palimpsestes, et vous en livrerai quelques images bientôt.

Une nouvelle idée de livre est en train d'émerger, qui serait a priori un roman de forme plus traditionnelle que mes précédents petits textes, dans une forme proche du Nouveau Roman ; c'est fou, c'est jouissif et flippant...

mercredi 16 juillet 2008

Reflet

Réveillé par le lever du soleil ce matin, j'étais donc sur mon vélo à 6h30 à la recherche d'un café ouvert en ville. Grenoble se lève tard ; il est vrai que le soleil y entre assez tard aussi. ce n'est donc que vers la halle que j'ai trouvé une terrasse m'accueillant à bras ouverts ; vous me direz que c'est assez logique. Et, une fois installé devant un café double et un pain au chocolat, je m'amusai à regarder les reflets dans les tramways qui passent entre le bistro et le marché.
Impossible de repérer mon propre reflet !
Il a fallu que des messieurs de la halle s'asseyent à la table d'à côté pour le faire exister...

jeudi 26 juin 2008

De l'ordre des choses

Se pose la question de l'ordre des textes publiés ici, ou de leur désordre.
Cela me fait souci ces temps-ci, et m'empêche d'en livrer plus, alors que c'est l'exercice même du blog : cette lecture à sens multiples, sans ordre.
Alors que j'ai actuellement un problème avec la narration, la chronologie, la succession, et que je crois être incapable d'écrire une nouvelle de ce fait même, je voudrais que ce blog soit chronologique. Et que c'est heureusement impossible.
Suivront donc, si j'en ai le courage, de nouveaux textes, des choses anciennes, des chronologies désordonnées, des exercices, dont je ne saurais définir la hiérarchie.

lundi 16 juin 2008

Masques

Tu poses
Et tu crois ce faisant te cacher
Sans masque

Léger et fou
Tu divagues
Crois-tu faire sentir
La transparence

Survole
Verront-ils

La profondeur

Ah
Que tu les enlèves tous
Restera encore ta peau
Une frontière aux autres
Formidable


Alexis Garandeau

lundi 9 juin 2008

Extrait du Registre de résidence

Semaine 9 (du 26 mai au 1er juin)
Apéro-réunion au Brise Glace, présentations, rencontre avec le collectif, spontanéité, enjeux… Prise de conscience de ces énergies. Bouleversements dès le lendemain. Décision favorable du collectif pour la reconduction des résidences invitations : Echelle 5 se transforme en échelle 7, sur le nombre de mois disponibles depuis janvier.
Regain d’énergie, reprise des séances de lecture et recherches à la bibliothèque.
L’Isère est grosse et monstrueuse des pluies continuelles. Longue promenade en vélo pour tenter d’inspirer l’énergie du flot et s’apaiser du fort mélange air et eau.
Je prends résolument mes habitudes à la boulangerie de la rue Saint-Laurent où le patron distrait me sourit gentiment.
Réflexions à vide sir Fleurs, Jardins et Poèmes en tous sens. Accumulation d’Instantanés et travail sur le hors champ.
Nouvelles idées pour poursuivre le travail Comme une sorte de journal intime, série de peintures initialement exposées au Hangar 11, à Ouagadougou.
Rencontre avec Michel et le groupe pour le projet évoqué la semaine dernière.
Dans l’ensemble, des rencontres et de l’exotisme qui viennent me distraire, sinon me soutenir.

Semaine 10 (du 2 au 8 juin)
Dixième semaine de résidence.
Clair besoin de lecteurs, de critiques, de retour.
Mais problème de la restitution : que restituer de mes bouts de textes et petits travaux ?
Les choses se font par étapes, plutôt aléatoires et imprévisibles. Alors que je demandais via le blog, des commentaires à mes lecteurs (cf. Bonjour), dans un travail tourné vers l’extérieur (projet danse-musique), j’étais moi-même dans un silence d’écriture. Mais même sans écrire avec un stylo sur du papier (et encore, cela est faux), j’étais en travail sur l’écriture elle-même, sans réponse et presque suffocant : écrire n’est pas difficile, la question est écrire quoi. Et de là : comment écrire ? à qui écrire ? pourquoi écrire et écrire pour qui ?
D’où mon besoin de sentir les lecteurs et lectrices.
À cette étape, j’ai besoin d’une pause.
Et j’ai nécessité de poser des objets devant moi : quelques textes demandent une mise en forme. Besoin de restitution et d’objets.
Toujours dans la problématique de la forme, j’écris ces temps-ci sur de grands formats, j’ai envie de travailler sur tissu, espérant, mais doutant, qu’interviennent d’autres formes d’écriture.
Mais peut-être ce désir d’objets-formes extérieurs est-il une fausse piste à la question de l’objet de l’écriture même ?
Cette élision est du moins la seule forme acceptable que je sois en mesure de donner.

dimanche 4 mai 2008

CUT UP (Essai de)

Tentative de cut up, entre un texte sur Lacan lu dans "le petit escalier" du Brise Glace, et un texte personnel. Découpez, mélangez, recopiez, c'est prêt !


Non, non, non, Lacan ne la situe dans même, quand même, le désert est absent. Culpabilité quand le sujet cède, sauvage plaisir, voyeurisme de bon goût peut paraître une ambiguïté la sexualité. Travaux intrusifs, pour dire satisfaire à son N’y avait-il que ça à inventer ? c’est ne pas aller jusqu’au du terme) est-elle excusable ? manœuvre d’évitement simplicité de l’art à la japonaise : on n’y évite Pas parce qu’aller Et la beauté n’est-elle pas désir question le sujet dans me semblent faire ensemble l’esthétique compte exige un Sens qu’on parle de sa satisfaction, franchir les menaces l’est beaucoup moins, ou en tous cas Autrement dit, de ne pas pa parfois laid, du moins une fois qu’il que cède sur actifié pourrait-on dire. Quoique je cherche que pour satisfaire quelque encore une fois mot juste par les structures ce que Lacan reprend du


Cette culpabilité objective pas oublier le désir rapport avec le désir : il y a Eclat d’une bouche, - c’est son expression - sur son désir. ça, registre consensuel de « céder sur son désir » ; ça ne veut pas construction en miroir désir, au contraire : céder sur son désir, La médiocrité (au sens classique bout de son désir, et même faire une vaut mieux la précieuse Autrement dit céder sur son désir est un compromis pas la beauté jusqu’au bout de son désir met en et frustration qui son rapport au monde et en fin de. Le désir, à l’état brut courage extraordinaire ; il s’agit en effet de subvertir. Le plaisir, les barrières, de l’existence courante rarement. Le plaisir est même éviter la castration. On peut ajouter à ça pris, qu’il est est est désir est d’autant plus facile qu’on ne cède encore une fois chose qui est justement recommandé professionnelles, par exemple satisfaire terme antique « le service des biens ».

mercredi 30 avril 2008

Semaine 4

Extrait du Registre de résidence

Semaine 4 (du 21 au 28 avril) Travail, restitution, errance

Début de semaine. Quelque chose auquel je ne sais donner forme semble être en train d'émerger à la surface. Une mutation s'opère.

Quatrième cartouche d'encre (depuis le début).

Je travaille et trouve un nouveau rythme.

Début de notes sur Louise Catherine pour un texte à sa demande.

Début des Photos que je ne ferai pas (Instantanés)

Bilan : 6 poèmes écrits à ce jour, 4 feuilles et demie pour Au cours d'un soleil brûlant (cette semaine), reprise de l'histoire du cavalier noir. Ouais, ça part dans tous les sens.
Se reposer (sic) la question du rendu. Idée d'exposition, lecture ?
Repenser à Entre chien et loup

Ai régulièrement travaillé.
Lundi, deux heures en prenant mon temps. Puis environ une heure, le soir avec Cat.
Mardi, une heure et demie.
Mercredi, une demie heure de lecture et deux heures de travail à la bibliothèque d'Etudes. *

* Dissolution : 1) Décomposition d'un agrégat, d'un organisme) par la séparation des éléments constituants.
2) Passage en solution d'une substance solide, liquide ou gazeuse.
Petit Robert 2007

* Exposition Rouge

Albert Memmi, L'écriture colorée ou je vous aime en rouge
5 variétés de langage 5 couleurs
Vérité Noir
Analagie Jaune
Voeu Vert (espoir)
Fantaisie Bleu
Emotion Rouge

Jeudi, une heure et quart, et une demie heure de lecture.
Vendredi, une heure au Jardin des Plantes, où j'ai perdu mon agenda répertoire.

Plus d'une quinzaine d'allers-et-retours dans les escaliers, dont un pour le bois ; 3 heures de vélo, 3 messages sur des répondeurs, 2 migraines, 1 journée sans écrire (samedi, une langueur printanière et un dégoût d'écriture m'ont pris ; j'ai jardiné, étendu ma lessive et lézardé au soleil).

Pour une exposition : boîte à mots, mobile littéraire, une petit tirage de Fruits, Jardins, Instantanés. Restitution.

Perdu, trouvé, restitué le lundi suivant au Jardin des Plantes
le minuscule agenda (carnet personnel) bleu avec un bouton pression.

Perdue, retrouvée, la clef USB.

Perdu le bouchon du stylo-plume. ça m'énerve.

Restitution des 2 textes sur la Loire, sur le blog.

Retrouvé le bouchon au bout d'une demie heure.

Dimanche, journée floue. Un peu écrit, ai dactylographié, beaucoup réfléchi... Peu mangé et fait une heure de vélo le soir au parc. Journée d'errance


jeudi 17 avril 2008

Etape/s (numéro 1 ?)

A ce stade (semaine 3) de ma résidence au Brise-Glace, il apparaît quelques petites choses...
La question de la monstration, d'une restitution de mon travail d'écriture, a été posée. Je ne sais quoi répondre à cela pour l'instant, d'autant moins que je ne pense pas avoir quelque chose de montrable, et que je ne suis pas sûr d'atteindre ce stade dans les 8 semaines projetées ici. Je l'ai résolue d'une manière facile : j'ai demandé à Louise Catherine Drève, peintre et plasticienne qui m'a invité ici, de lire mes notes quotidiennes, le pense-bête poétique (?) ainsi que le registre de résidence, et de faire de ce modeste rendu, un bilan, une étape, une discussion. Le premier a eu lieu lundi.
Puis, me voilà devant un fait inconfortable : l'écriture me conduit vers un terrain que j'aurais volontairement aimé mettre de côté. La chose s'impose à moi, irritante. Je n'ai pourtant pas envie d'en passer par là. J'aimerais l'effacer, la polir. Il faudra bien pourtant que je la résolve, d'une manière ou d'une autre ; que je la traverse et l'affronte ; que je m'y confronte (j'y suis déjà confronté ! mais qu'en faire ?) ; que je la résolve, oui, comme on résout une équation ou un problème pour en trouver le résultat, la solution.
Un point important, soulevé par LouCat, et répété voilà dix minutes par Nosca, plasticien : la contrainte, ou l'objectif. Il est vrai que je suis venu sans projet défini. Cela me bloquait un peu, au départ, puis je me suis dit que cela laissait ouvert l'ensemble des possibles. Mais il apparaît nécessaire, pour profiter au mieux de ce temps et de cet espace, de fixer un objectif ou une contrainte de travail. Fixer un point, ou un réseau de lignes restrictices et induisantes (conductrices ? possiblement). Travailler selon cet horizon. Et voir ce qui s'y passe...
L'objectif peut être atteint, et s'avérer soit inintéressant, soit signifiant. L'objectif ou le projet peut évoluer, bouger, bifurquer, disparaître, être perverti... Il peut s'avérer vain ou inadapté.
Mais en tous cas il y aura eu un travail, fini ou en tous cas achevé même si ce n'a pas abouti, et donc un objet posé là, en dehors, preuve ou résultat tangible d'une étape, d'un progrès ou d'une impasse. Donc critiquable. Donc dépassable.
Je vais donc essayer de me tenir à l'écriture des "épisodes" des 24 heures à Ouagadougou, tenter de les mettre dans l'ordre et de trouver des volutes pour les faire tenir en place...
Il serait bon aussi que l'idée de l'histoire du cavalier noir avance.
Chaque chose en son temps. Petit à petit. (clin d'oeil à Heriberto)

mercredi 2 avril 2008

Résidence au Brise Glace - Grenoble

Voilà une semaine que je suis en résidence au Brise Glace à Grenoble.

J’y dispose donc d’une pièce d’une vingtaine de mètres carré, aux murs blancs, donnant – comme l’atelier d’un peintre – au Nord et sur les montagnes. Cette chambre fait partie d’un « appartement », chauffé par un poêle, ainsi qu’un salon-cuisine commun, la chambre de S. et l’atelier de D.

« Ma » pièce comporte des placards à 8 casiers, étrangement et inaccessiblement hauts (il est vrai que je suis petit), des étagères et une commode ; un lit, un petit meuble roulant, un immense et lourd miroir, un meuble-bibliothèque, surmonté d’un casier blanc et jaune à portes coulissantes, une échelle bleue ; un bureau en formica d’un design aussi spatial que génial, assez typique, je pense, des années 70 ; une chaise, une lampe qui ressemble à un aéronef, et un matelas en plus, qui me servira de sofa et sur lequel je m’essaierai à écrire en y posant une planche soutenue par deux traverses en bois, trouvées sous le sommier.

Pour écrire, je dispose d’un stock de Bic à mines rétractables, noirs, ceux que je préfère, et d’un stylo-plume en plastique noir et violet (premier prix). Il se trouve que j’ai dû acheter un nouveau livre de brouillon, de couleur rouille, puisque le précédent, gris, est rempli. J’ai commandé un « registre » chez la relieuse de la rue de l’Abbé de La Salle, de forme oblongue, de 32 pages, à couverture verte et rouge et à reliure rouge pompier, dans lequel je noterai, comme dans un carnet de santé, l’évolution de ma scriptopathologie ou de ma graphomanie.

Le Brise Glace est un bâtiment énorme, sur quatre niveaux, plus la cave. Ouvert il y a plus de 15 ans (occupation illégale), il comporte une quinzaine d’ateliers (peintres, graveur, plasticiens, musiciens, architectes…) et plusieurs « appartements » d’habitation. C’est comme une fabrique, un peu monstrueuse, évolutive, et c’est très étrange de voir et de sentir tous ces gens qui passent, qui travaillent, qui expérimentent et qui créent. Le collectif Ici Même (http://www.icimeme.org/), célèbre pour ses performances dans l’urbain et pour son questionnement sur le rapport à l’espace publique et l’espace privé, y a ses ateliers, de même que la 10section, groupe d’architectes. Des ateliers personnels, dont celui de la peintre et plasticienne Louise Catherine Drève, qui m’a invité. Le Brise-Glace s’est voulu "lieu d'échange et d'émulation" entre différentes pratiques artistiques, un lieu de "circulation d'idées" (un compte rendu de l’an 2000 : « L'objectif du Brise-Glace : créer un lieu de vie et de travail, de rencontres et d'échanges, où matériaux et savoirs-faire fabriquent de l'en-commun, une de ces friches qui transforment en liberté la nécessité d'articuler espace et création. Quatre ans après, l'objectif est atteint: cinq logements, seize ateliers, labo-photo, atelier de sérigraphie, cent résidences d'artistes, des fertilisations croisées entre arts et spectacles vivants. » Depuis, le lieu est en baisse d'activité et en reformulation de ses projets, du fait, en partie, de la menace d'expulsion).

Ecrire, c’est être seul, et je vis en effet une étrange solitude. Le Brise-Glace, bien que proche du centre et tout près du quartier Saint-Bruno, est en marge de la ville et de ses institutions. C’est un espace de liberté créatrice. J’y suis au calme, entouré d’artistes qui travaillent, et même si je ne les connais pas tous et que je ne croise que peu, j’y trouve une émulation. J’y trouve retraite. Ce m’est même un refuge. Comme une Arche de Noé dans le fracas du monde. Je commence à me mettre dans un état de vacuité, que j’espère propice à l’écriture.

Et j’écris. Je réfléchis. Je me nourris (expositions, lectures, bibliothèque, conférences, quelques spectacles, de la danse surtout). J’avance, quand bien même je n’en suis pas à une réelle production.

Peut-être même n’y aura-t-il pas de production ; cette idée avance, m’aide à faire le deuil d’un livre qui ne s’écriera peut-être pas. L’essentiel n’est pas là : ce sera une expérience qui compte. Je vis ce que j’ai désiré : passer un temps à écrire, un temps libre et disponible que j'ai créé pour ça, et le passer, ce temps, dans un atelier artistique collectif.

Rien qu’une saison. Toute une saison.

Je me rends compte que la fréquentation des livres, que ce soit dans les librairies ou les bibliothèques, me stimule énormément. Un titre, un mot, une image fait office d’interrupteur pour une minuterie, une petite mécanique de l’esprit qui fonctionne et opère. J’ai même l’impression d’entendre les bruits des rouages, leviers et poulies dans ma tête : tic tac toc, ding, ding ! Voilà trois mots, une phrase, un ou deux versets qui se déposent à la « sortie » de ma cervelle !

Le charme ou le sort opère, entêtant, mécanique infinie ; et si j’ai souvent l’air absent, je me sens, au contraire, tout contre les choses ; ça parle, continûment ; ça écrit, souvent, souvent sans papier ni stylo.

Mais comment déverrouiller l’espace du dedans ? (Laure Adler dans Les femmes qui écrivent vivent dangereusement)