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jeudi 27 mars 2025

Lu, adoré, perdu, retrouvé, relu, etc. (2)

 Quelles que soient les traductions, le poème de Djalâl al-Din Rûmî m'enchante toujours. Je vous le redonne dans deux versions :

Viens, viens, qui que tu sois
Vagabond, érudit, dévot, qu'importe
Dans notre caravane il n'y a pas de place pour le désespoir
Viens, même si tu as mille fois rompu tes serments
Viens, viens de nouveau
 
/
 
 Viens, viens, qui que tu sois,
Vagabond, adorateur, amoureux de partir,
Viens même si tu as rompu tes vœux mille fois, cela n’a pas d’importance, viens,
Viens encore une fois, viens :
Notre caravane n’est pas celle du désespoir.

lundi 17 février 2025

Comment se remettre à écrire ?

 Comment se remettre à écrire ?

C'est la question depuis un certain temps, déjà, et je ne trouve pas encore de réponse.

Mais il sera prévu, dans les jours qui viennent, deux heures par jour consigné à une table avec un stylo devant une feuille de papier.

 Comment se remet-on à écrire ? En écrivant.

dimanche 15 décembre 2019

Le Dessin des mots, David Dumortier et Marion Massip... depuis son carnet Forêt des Signes

Troisième carnet édité,
Forêt des signes 
propose des poèmes en prose de Marion Massip :
Dans la texture volontiers kitsch d’un satin de jeune fille (mais le rose en serait profond), s’opère une saignée, une éclaboussure au vitriol ou au chlore. Marion Massip n’est-elle pas, comme elle dit, une femme surexposée ?
Elle évoque, en approchant l’universel, ces paradoxes de la jeunesse que la maturité oublie volontiers en croyant les avoir résolus. Mais le sait-elle seulement, elle qui cherche au-delà du miroir ?

Forêt des signes  de Marion Massip, 4,50 euros

Marion Massip n’a pas 25 ans, elle est étudiante en Lettres Modernes à Grenoble, elle est éclectique. Elle aime la poésie (française) de Baudelaire et René Char, la littérature (américaine : Gertrude Stein, Sallinger qu’elle aime citer) ; elle lit Lao Tseu. Son écriture rend compte de son appréhension du monde et d’elle-même : asymétrique, peu ponctuée, avec autant d’affection que de révolte contenue, et une indéfectible sympathie pour les mots coupés.

C'était en 2012.
Elle aime toujours les mots.

Aujourd'hui, Marion Massip écrit toujours, photographie toujours, produit autant de collages, et publie avec David Dumortier, Le Dessin des mots, aux éditions La Renverse. Voilà ce qu'annonce l'éditeur :
"Dans cet étrange dictionnaire poétique, David Dumortier dessine de douces et surprenantes définitions et Marion Massip écrit des images folles et décalées."

jeudi 26 juillet 2018

Sans titre


Je pense à toi (tu me proposais hier dans un message "qu'on s'attrape")
Je te laisse un message (tu réponds rarement au téléphone)
c'est "dans la longue étendue d'été"
(c'est ainsi que Karen et moi l'avons traduit de Gale Burns)
Et hier en effet le ciel bleu était immense
et l'été s'étirait immobile et silencieux, éternel (pour moi : heureux qu'il en soit ainsi)
J'ai beau savoir où tu es
je te cherche
Tu n'est pas là
et je ne sais pas


 

mercredi 25 juillet 2018

Un instantané chez A.


Dans le jardin d'à côté :
un prunier sévèrement élagué, mais dont trois rameaux fleurissent résolument. Sur le fil électrique juste au-dessus, une tourterelle attend sa pareille.

lundi 16 juillet 2018

Poésie ordinaire et (sa) traduction


"Dans ces moments incongrus que Saint-Julien-Molin-Molette sait si bien produire", Karen Wheatcroft me demande de relire sa traduction en français d'un poème de Gale Burns.

Nous passons un moment charmant, dans son petit jardin, à nous poser des questions : comment traduire "stretch" ? Prolongement, étirement, étendre / étendue ?...
Comment rendre les nuances de l'anglais "grand" et "grandiose" à part le même mot en français, qui ne signifie pas exactement la même chose ? Comment dire "expectant" en français ?

« (...) car comment distinguer une chose d’une autre, encore moins
son inverse ? »
L'Invitation, Gale Burns, trad. Karen Wheatcroft



mercredi 10 janvier 2018

La poésie débouche

Comme en réponse à mes dernières questions, et aux question des éditions La Pierre qui Roule, j'entends l'émission de poésie de Carole Bijou sur Radio Canut :

LA POÉSIE DÉBOUCHE LES OREILLES
ET LES BOUCHES SONT POÉSIE
► 102.2 FM RADIO CANUT LYON

La poésie débouche

lundi 27 novembre 2017

Aller sans retour - Chilla -


Aller sans retour
Chilla




Traverser les champs
Eviter les minés
Pour conquérir son destin

Beaucoup seraient prêts à tout
Nous on veut donner du goût
A ce festin

La volonté d’être riche
tant dans le cœur
que sur la fiche de paie

Vivre la conscience en paix
Et garder les sourires
Et cacher les peines

Traverser le feu
S’il le faut les Enfers
Ne plus remettre à demain
Ce qu’on aurait dû faire hier

Sur le char de nos espérances
On prend la seule existence
Aller de chemin en chemin
Tenter d’entendre chanter nos anges

Prendre des allers sans retours
Prendre des allers sans retours oui
Prendre des allers sans retours
Des allers sans retour oui
Un point seul peut devenir fou
Jusqu’au linceul Jusqu’au bout
Prendre des allers sans retours

Aller aller sans
Ne jamais revenir
Aller aller sans
Ne jamais revenir
Aller aller sans
Ne jamais revenir
Aller aller
Aller aller


Forger son armure
S’entrainer au combat
Etre maître de son destin

Bâtir son empire
A la sueur de son front
Le construire A la force de ses mains

Garder l’esprit en éveil
Cultiver la curiosité
Promesse de sommeil dans la mort
Tu ne sais pas quand elle va t’arrêter

On en a vu tomber
Dévastés de regret
On se force de ne pas oublier
Comme une piqûre de rappel

Sur le char de nos espérances
On prend la seule existence
Aller de chemin en chemin
Tenter d’entendre chanter nos anges

Prendre des allers sans retours
Prendre des allers sans retours oui
Prendre des allers sans retours
Des allers sans retour oui
Un point seul peut devenir fou
Jusqu’au linceul Jusqu’au bout
Prendre des allers sans retours

Aller aller sans
Ne jamais revenir
Aller aller sans
Ne jamais revenir
Aller aller sans
Ne jamais revenir
Aller aller

Prendre des allers sans retours
Et ne pas se retourner
des allers sans retours
Et ne pas se retourner
Prendre des allers sans retours
Et ne pas se retourner
Des allers sans retour
Et ne pas se retourner

Prendre des allers sans retours
Prendre des allers sans retours oui
Prendre des allers sans retours
Des allers sans retour oui
Un point seul peut devenir fou
Jusqu’au linceul Jusqu’au bout (j’te l’dis)
Prendre des allers sans retours

T’as rien à faire
T’as rien à perdre
Kiffe bien, kiffe bien
Suis tes besoins
Suis ton destin
Prends ton aller sans retour et kiffe bien
Laisse toi guider sans les doutes
Et kiffe bien



Aller sans retour - Chilla

mercredi 5 juillet 2017

Poésie

Il se peut que le silence des Éditions La Pierre qui Roule ne fasse que se rendre à la question : à quoi sert la poésie ? à quoi sert la poésie aujourd'hui ?
Entre la poésie néo-lyrique qui croit devoir rendre compte d'un héritage (mais qui ne fait que répéter), la poésie philosophique qui n'est plus - du moins qui n'est plus lue, et la poésie qui prend la suite des avant-gardes dans l'expérience d'un (extrême) contemporain... pas tellement lue non plus...

La poésie n'est pas une solution.

La poésie moderniste a l'avantage de tenter de proposer de nouvelles formes, de mélanger les genres.

Mais (ma question du moment) comment trouver formulation pour dire ce qui est (quand bien même cela ne serait pas objectif) sans appauvrir la réalité ou la sensation ou l'émotion dont on parle ? Trouver une formulation qui soit à la hauteur...
(à défaut de décrire sans l'appauvrir la beauté d'un rubis, du moins trouver les mots qui en fassent sentir la profondeur et la couleur)

Pourtant, Rhapsodie aux crépuscules est en lecture,
et le Livre du héron, à défaut de s'écrire, se travaille et se vit toujours.
D'autres textes (Émaux et Camées, et Je t'aime, depuis 2012 et un autre depuis cette année) sont en travail...


dimanche 22 mai 2016

Sept d'un coup !

(sept poèmes reçus dans le cadre d'une "chaîne poétique" ; merci aux expéditeurs)

 
Housekeeper
Michael LONGLEY


She burst out laughing at the interview
Because he complained about his catheter.
I had come from the far end of the county
To nurse his lordship and, when he died, stayed on.
Every morning here I have been surprised
By the stream that flows in the wrong direction.
I miss a mountain at the kitchen window.
The house is shrinking slowly to a few rooms
Where for longer periods she hides away
And sits arguing with herself, a hare
That chews over its droppings in the form.
I have caught her reading my letters home,
Hiding Christmas cards behind the piano.
She makes jokes to the friendly gardener
About my whiskery chin, my varicose veins,
And tells me off like a child in front of him
Should my fingernails be stained or floury.
If I start to talk about going home
She pretends not to understand my accent.
The bell that summons the afternoon tray
Will soon be ringing out for a bed pan.
Furniture and ornaments seem to linger
And wait under dust sheets for her to die.
A last sheet will cover up her armchair
And the hare that melts into the mountainside
Will be white in winter and eating snow.




 


20 ans que ce sourire a montré sa part de mort
20 ans de tes dents, partie de ton squelette visible ont pris le pas sur le reste
20 ans que le monde a fermé les yeux et parlé d'un coup du sort
20 ans que tu as été fui comme la peste

20 ans que les larmes coulent doucement sur tes joues
Que les mots ne sortent pas et que ton nom traine dans la boue
20 ans que les cris ont résonné dans tes collines
et que les autres t'ont regardé te transformer en ruine

20 ans où chacun a tarit son flot de parole
20 ans que rôde la peur et fuient les banderoles
qui voudraient crier le malheur et la vie
qui voudraient hurler le sang lavé par la pluie

20 ans que chacun met un pas devant l'autre et que les fantômes rôdent
20 ans que les enfants naissent et font reculer le cauchemar
20 ans que la pluie fait briller les feuilles des bananiers et se lève l'aube
20 ans que poussent les avocatiers et que la lune se couche tard

20 ans la nuit s'éloigne et l'espoir est vivant,
Même si l'ombre est là, tu te relèves, redeviens grand
Sourions sans voir les dents qui nous rappellent trop le tragique
Sourions en regardant devant, oublions l'oblique

Aujourd'hui ta terre rouge coule dans les veines de ma fille
Je vois l'amour dans ses yeux noirs qui scintillent
20 ans et j'ai envie de croire en toi
20 ans déjà, Rwanda

Cécile MAOUT, écrit le 5 avril 2014



 


maggie and milly and molly and may
E. E. Cummings, 1894 - 1962
              10

maggie and milly and molly and may
went down to the beach (to play one day)

and maggie discovered a shell that sang
so sweetly she couldn’t remember her troubles, and

milly befriended a stranded star
whose rays five languid fingers were ;

and molly was chased by a horrible thing
which raced sideways while blowing bubbles : and

may came home with a smooth round stone
as small as a world and as large as alone.

For whatever we lose (like a you or a me)
it’s always ourselves we find in the sea




 



Non que je veuille ôter la liberté
A qui est né pour être sur moi maître :
Non que je veuille abuser de fierté,
Qui à lui humble et à tous devrais être ;
Non que je veuille à dextre et à senestre
Le gouverner, et faire à mon plaisir :
Mais je voudrais, pour nos deux cœurs repaistre,
Que son vouloir fût joint à mon désir.

                                                      
                                                                                 Pernette du GUILLET




 


A la mémoire de Maurice PILORGE
assasin de vingt ans


Sur mon cou sans armure et sans haine, mon cou
Que ma main plus légère et grave qu’une veuve
Effleure sous mon col, sans que ton cœur s’émeuve
Laisse tes dents poser leur sourire de loup.
O viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne
Arrive dans mes yeux qui seront morts demain.
Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main,
Mène-moi loin d’ici battre notre campagne.
Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir,
Et les fleurs soupirer, et des prés l’herbe noire
Accueillir la rosée où le matin va boire,
Le clocher peut sonner: moi seul je vais mourir.
O viens mon ciel de rose, O ma corbeille blonde!
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
Mais viens! Pose ta joue contre ma tête ronde.

[...]



Jean Genet
Le Condamné à mort






 



« Le temps écrit sa musique sur des portées disparues »



Bashung/Fauque




 

"Les astres et les arbres"
de J. Hemleben. Traduction de Mireille Delacroix.
        Lundi
   Que dit l'astre d'argent,
   A la fête du printemps,
   Dans les cerisiers en fleurs
    Qui, l'été, porteront fruit?
                 "O homme,
   Transforme-toi comme la plante,
   Purifie tes instincts,  mûris,
   Et cueille les fruits de la vie."