dimanche 20 juin 2010

Atelier

Atelier d’écriture

Les territoires de Jean Genet

Saulieu

31 juillet – 1er août 2010

Atelier nomade et vagabond : construire une histoire, ou une non-histoire en se promenant en des lieux divers, à partir d’évocations de Jean Genet.

Animé par Alexis Garandeau. Inscription à la bibliothèque de Saulieu (21) : 03 80 64 18 34

vendredi 18 juin 2010

Bibliographie - 6 - Mots divers et d'autres lieux ~ Journal d'hiver


Mots divers et d'autres lieux

Journal d'hiver 2009-2010, Alexis Garandeau
en réponse à celui de Danielle Maurel (2008-2009) :
90' de silence.


Journal d'hiver d'Alexis Garandeau, publié sous forme de Poster 84,1 × 118,9 cm (A0), printemps 2010. Éditions La Pierre qui Roule. Conception et réalisation graphique : Yann Montigné / à hauteur d'x. Cinquante-deux exemplaires hors commerce.



mercredi 9 juin 2010

Marathon créatif et festif


Le collectif des (h)auteurs a organisé un "marathon créatif" : de vendredi minuit à samedi minuit, auteurs, musiciens et photographes ont travaillé à partir d'une contrainte (mot / phrase / photo) tirée au hasard. Chacun a restitué son travail le dimanche.
Suit Le personnage qui renoue le lacet de sa chaussure, que j'y ai proposé.


Le personnage qui renoue le lacet de sa chaussure



Si vous aviez été, un vendredi de mai, à 17h56, sur le parking de Sakinata Company, vous auriez vu un homme, un peu ébouriffé, vêtu d’une veste et d’un jeans noirs, les manches de son pull beige foncé remontées sur celles de la veste noire, en train de se pencher sur la terre… pour renouer le lacet de sa chaussure droite.
Vous pouvez douter de l’exactitude de ce fait, précis mais néanmoins anodin, et loin d’être remarquable, parce que vous pensez que je suis le seul à le relater.
« L’écrivain, dites-vous, a droit à toutes les fantaisies. Il suffit de le savoir pour se rappeler qu’il conduit son imagination à produire un résultat qu’il soumet à notre jugement.
_ Non, vous répondrai-je. Non. Car il y a une photographie. Cet instant très précis et cependant anodin a été aussi remarqué par quelqu’un qui en atteste l’existence passée : un photographe.
Peut-être n’auriez-vous pas remarqué ce moment si vous aviez été, ce vendredi-là, à cette heure-là, en ce lieu-là ; mais si vous aviez observé cet homme, à cet instant-là, et sa façon de relever la tête vers le ciel après avoir relacé sa chaussure – ce que le photographe n’a pas su capter, vous auriez compris que tout s’était joué à ce moment précis.
Vous avez le droit de me penser comme un simple bonimenteur, mais je trouverais ça exagéré, surtout si vous continuez à lire cette histoire, que je raconte par la fin :
Etienne Seux s’était penché vers la terre, avait renoué son lacet, avait relevé la tête vers le ciel et tout s’était joué dans ce mouvement.

Etienne Seux avait passé une partie de la nuit à danser au Shanghaï. Il avait croisé quelques amis et s’était bien amusé, et n’était pas rentré trop tard, mais ce n’était de toutes façons pas grave, car il ne travaillait qu’à dix heures le vendredi. C’était quelque chose qu’il avait dealé avec Stéphanie, la dir com : il travaillait alors jusqu’à 19 heures. Cela arrangeait aussi Stéphanie pour boucler la publication du week-end qui partait à l’imprimerie à 20 heures. Etienne pouvait donc sortir le jeudi soir, ou faire des choses pour la colocation le vendredi matin.
Etienne Seux s’était donc couché, ravi de sa soirée, et assuré de pouvoir dormir un peu le lendemain matin.
Mais au réveil, Etienne Seux se sentait de très mauvaise composition. Il se sentait fatigué et mélancolique. Pendant la nuit, de gros nuages gris et ronds s’étaient amoncelés dans sa cervelle. Avant même d’ouvrir les yeux, il se sentit le regard noir et désespéré. Il se regarda dans la glace et put vérifier qu’il valait mieux éviter de le faire quand on était désespéré.
Il jeta un œil par la fenêtre pour voir le temps qu’il faisait : sombre et gris, il pleuvait à verse. Etienne se dit que c’était un temps de merde, et qu’il était aussi simple d’ouvrir la fenêtre, de prendre appui sur la balustrade, de mettre un pied sur le rebord et de se laisser tomber dans le vide.
Une compagnie de pigeons traversa le ciel dans une grande courbe et une feuille d’érable s’accrocha un instant au linge étendu en face. En bas, dans la rue, quelqu’un marchait sous un parapluie jaune et disparut.
Etienne prépara du café, fit sa toilette, remplit un bol de céréales et y versa du lait. Tout lui était pénible, vain et douloureux.
Il prit son petit-déjeuner en silence, sans la radio qu’il mettait d’habitude, doucement parce que ses colocataires, Lofti et Eva, dormaient encore.
Il n’arriva pas à finir son bol de céréales, et cela lui fit monter les larmes aux yeux. Il se resservit du café et alluma une cigarette d’une main mal assurée. Il se rappela qu’il devait acheter une courroie pour remplacer celle de la machine à laver, et cela le clama un peu. Après avoir terminé sa cigarette, il s’habilla pour sortir.
Il finit par trouver le magasin, tout en pestant parce qu’il n’avait noté l’adresse nulle part. Une fois devant le vendeur, il s’aperçut qu’il n’avait pas emporté le modèle de la courroie, ni noté la référence. Il se trouvait ridicule d’être sorti sans avoir vérifié qu’il avait tout emporté.
Si ce n’était pas déjà le cas, Etienne Seux commença à se détester.

En sortant du magasin, il vérifia qu’il avait le temps de boire un café avant d’aller au bureau. « Cela me réveillera et me mettra dans une meilleure humeur. » Le café était dégueulasse et la serveuse avait mal dormi, ce qui ne lui permettait pas d’être avenante comme d’habitude.
Quand Etienne Seux entra dans les locaux de Sakinata Company, il avait la démarche d’un condamné à mort. Il se dirigea vers son bureau sans saluer ses collègues. Il n’avait envie de rien, mais surtout pas d’être ici.
Je ne m’attarderai pas sur la journée de bureau d’Etienne : le travail salarié, routinier et mesquin, est souvent ennuyeux. Il y aurait pourtant un roman à écrire sur les incroyables luttes de pouvoir, sur les intrigues extraordinaires et les sentiments exacerbés qui ont cours dans l’entreprise.
Je noterai seulement que Pauline, la secrétaire générale, était particulièrement sympathique à l’égard d’Etienne, et lui proposa même de déjeuner avec elle, alors que la directrice de la communication, Stéphanie, faisait preuve de plus d’autorité que nécessaire. Elle lui reprocha encore de n’avoir pas bouclé à temps les deux derniers catalogues qu’on lui avait confiés. Elle annonça d’ailleurs à Etienne que le directeur souhaitait le voir à 17 heures.
« Bonne ou mauvaise nouvelle ? Sois prêt, se dit Etienne. En tous les cas, cette journée est merdique. »

Pauline et Etienne allèrent déjeuner chez Oscar. Etienne commanda un steak tartare parce qu’il en avait diablement envie. Mais la viande n’était pas fraîche et il y toucha à peine. Pauline essayait d’animer la conversation :
« J’ai envie de changer de job. Tu ferais quoi, toi, si tu quittais le bureau ? Et si tu pouvais changer de vie, tu préfèrerais quoi ? »
Mais Etienne n’était pas d’humeur à faire des châteaux en Espagne. Il pensait à la courroie de machine à laver (il faudrait y retourner lundi), au brocoli surgelé qu’il fallait manger avant la date de péremption, au livre qu’il n’arrivait pas à finir… A Bruno et Patricia qu’il n’avait toujours pas rappelés. A sa mère, aussi, qu’il n’avait pas appelé depuis longtemps. Mais pour lui dire quoi ? En un mot, il se sentait lamentable.
Pauline mettait beaucoup de bonne volonté à détendre l’atmosphère. Pour ne pas lui être désagréable, Etienne finit par réussir à lui sourire pâlement.

L’après-midi au bureau fut de la même teneur que la matinée. Je ne m’y attarderai pas plus. A 17 heures et quelques, le directeur fit entrer Etienne dans son bureau, avec Stéphanie et pauline. Etienne, assis seul devant les trois autres, eut tout de suite l’impression d’être mis sur la sellette.
Le directeur prit une mine ennuyée et sévère pour dire que ça n’allait pas du tout, et faire un discours sur les travaux pas fignolés ou en retard. Quand il ajouta qu’Etienne leur avait perdre deux clients ces trois derniers mois, Stéphanie éclata de colère en ramenant encore ces histoires sur le tapis, disant que c’était inadmissible d’être aussi peu professionnel.
« La première fois, Appoline avait la varicelle et j’ai dû partir la garder. La seconde, c’est le client qui a fait de lourdes corrections après l’heure limite qu’il avait lui-même fixée », pensa Etienne, découragé que ces raisons déjà formulées devant le directeur avec ses excuses, n’avaient pas été prises en compte. De toute façon, quand Stéphanie était énervée, cela ne servait à rien de se justifier.
Pauline n’avait pas l’air de cautionner la mise au point dont Etienne faisait l’objet, mais ne pouvait pas vraiment le soutenir non plus. Le ton de Stéphanie n’avait que monter.
« Elle ressemble à la Reine de Coeur dans Alice au Pays des Merveilles, quand elle hurle : qu’on lui coupe la tête ! Qu’on lui coupe la tête ! »
Etienne fut sorti de ses pensées par les cris de Stéphanie : « Qu’on me débarrasse de cet incapable ! » et par le directeur qui disait : « En effet, Etienne, vous nous quitterez à la fin du mois.
_ Je… Je ne me sens pas bien, je ne me sens pas très bien depuis ce matin. Je… Je crois que je vais rentrer. »
C’est tout ce qu’Etienne parvint à répondre avant de se lever et de quitter le bureau. Pauline avait l’air consterné, le directeur exaspéré et Stéphanie, rouge de colère, continuait à hurler : « Quel crétin, mais quel crétin fini ! »
Etienne, lui, se sentait lamentable et pitoyable, encore plus désespéré que le matin.

Il sortit des locaux de Sakinata Company et se retrouva sur le parking. Il regarda sa montre ; il était 17h55. L’idée qui lui était venue le matin devant la fenêtre lui revenait en mémoire.
Alors, il s’était penché pour relacer sa chaussure droite et, en relevant la tête, il eut l’impression que le ciel s’était éclairci, que le temps s’adoucissait et devenait moins humide. Il avait cessé de pleuvoir.
C’est donc cela que vous auriez pu voir si vous aviez été là à cet instant précis.
Le nez en l’air, Etienne Seux se dit qu’il serait bientôt débarrassé de ce boulot minable, qu’il avait envie d’aller boire un verre dans un bistro où il avait des chances de croiser des amis, qu’il appellerait bien Patricia et Bruno pour leur proposer un cinéma, et qu’il inviterait volontiers du monde à la coloc pour manger un gratin de brocoli.

Une fois debout, Etienne Seux trouvait que la vie était belle.
Il prit une grande inspiration, enfonça ses mains dans les poches de son pantalon, et se mit à marcher.

Alexis Garandeau
Marathon Saint-Julien-Molin-Molette
Les ╠h╣auteurs
Mai 2010


dimanche 25 avril 2010

Saint-Chamond 05/04

Saint-Chamond, 5 avril 2010

En entrant dans Saint-Chamond, c’est l’étrange et grise gendarmerie massive, et un panneau publicitaire m’accroche l’œil : Mutuelles présence. Paradoxal slogan pour une ville qui se vide de ses industries et dont la plupart des ouvriers assurés de leur emploi ne le sont plus. La place de la Liberté est plus animée que je ne l’aurais imaginée pour un lundi férié. Le temps est changeant mais il y a de belles éclaircies dans la matinée. De cette place centrale, la ville semble faite de gens qui se connaissent, qui se saluent, qui boivent un café ensemble, et qui blaguent. Saint-Chamond, active et solidaire. C’est le titre que se donne la ville.
Les autres arrivent, me saluent, s’assoient pour qu’on boive un café ensemble et blaguent. En somme, il semble que nous soyons chez nous ici.

Nous allons vers « le site », ces hangars industriels petit à petit vidés. Il y a encore une entreprise qui marche. Le site est entouré de barrières, mais ouvert à un endroit. Les grands hangars et ateliers, hautes halles imposant leur présence, offrent ce spectacle maintenant connu d’une architecture industrielle du début du vingtième siècle, délabrée et rouillée mais toujours belle quoi qu’abandonnée aux corneilles.

Les ateliers se vident de leurs activités et de leurs présences humaines. Partout de grandes et belles halles vides. Dont on ne fait rien pour l’instant. C’est très beau et c’est poignant parce que les signes de vie restent :
Transport Chenet
Pour toute visite
dans le dépôt vous êtes priés
de passer par les bureaux
Les bureaux sont vides aussi, l’immense immeuble étagé de l’administration de Siemens ne sert à rien, tout comme le resto d’entreprise indiqué.
A Saint-Chamond, active et solidaire, c’est la semaine du développement durable. Il y a une affiche annonçant les manifestations liées à cette semaine.

On tombe sur un type qui en reconnaît certains d’entre nous, on se salue, mais l’ambiance est tendue : il nous parle des vols, des trafics de drogue ici la nuit – j’ai l’impression qu’on parle aujourd’hui d’insécurité comme on parle du temps qu’il fait – , des dernières entreprises qui ferment. Qu’est-ce qu’on va faire de tous ces ateliers ?
_ C’est maintenant que tout ce qui se passe se passe ?
_ Je ne comprends pas.
_ Vous ne comprenez pas ma question ?
_ Je ne comprends pas ce qui se passe.
Certains ateliers sont délocalisés en Roumanie. Les ouvriers d’ici sont licenciés mais on paye quelques gars pour faire les allers-retours. Plus rentable à ce qu’il paraît. C’est sûr que ça paraît aberrant mais les informations sont confuses. Finalement les ateliers seraient rapatriés en France. On ne sait pas, on ne sait pas pourquoi.
Mais le gars se détend et nous aussi. Finalement, on discute.
De voyages. « Ce qu’ils ont fait des docks de Liverpool, c’est magnifique. Des activités culturelles. C’est ça qu’on devrait faire ici. »
De Saint-Chamond. « J’aime bien ma ville mais j’aime pas comment ça a changé. »
Il nous demande quel travail on fait. « Il y avait des milliers de gens qui travaillaient ici, c’était une rûche. »
De l’échec de la démocratie.
Il y a parfois comme de l’émotion : « Du cimetière Saint-Martin, vous dites qu’il y a une belle vue du site ? Vous avez peut-être raison. »
Qu’est-ce qu’on va faire de tous ces hangars ?
On ne sait pas, on ne sait pas pourquoi. On ne pourra pas rentrer dans la halle où il bricole.
« Vous reviendrez un jour ouvrable. Avant que ça ferme ! »

Il y a, entre deux halles, un graff coloré, un seul, qui dit que le lieu n’est pas mort mais déjà réinvesti d’autre chose, d’autres présences : I don’t know whaï. Quelqu’un qui a tout compris et a su écrire seulement ce que tout le monde pense. Pour moi, c’est souvent cela, le graff délivrant un message (souvent politique ?) : pertinent dans son temps, dans son lieu, une poétique de l’ici et maintenant.

La Braderie 2001, dans la rue qui nous ramène à la place de la Liberté, est fermée depuis belle lurette. Elle n’aura pas survécu aux années 10, à moins qu’elle ait fermé avant… Quant à la Liberté…Les cafés ont fermé et la place est vide.

jeudi 18 mars 2010

Ne pas comprendre

Il y a plusieurs façons de ne pas comprendre quelque chose,
Revue remue.net

la façon dont "ne pas comprendre" devient un élément constitutif et déterminant de la recherche du sens

jeudi 11 mars 2010

Ateliers Ponsard : le film "Avant démolition"


Illustration : NoscA, La normalité est un fantasme
feuilletage papier / L.3 x l.21 x P.2,5 cm / 2009


Le court-métrage de Joan Folch-Poblet Avant démolition, tourné en 2009 aux ateliers Ponsard et réalisé en 2010, sur une musique de NoscA et un texte d'Alexis Garandeau, lu par Fred Helle est visible sur Internet ! Cliquer ici.
Fiche technique du film

Voir aussi : Actualités résolues

Un temps à Ponsard et Atelier-bureau : 22 bis rue Ponsard

mercredi 3 mars 2010

Une journée extraordinaire


29 janvier 10 • Une journée ordinaire côté cour
Lever vers 8 heures. Il semble, quand je sors de l’étage des chambre par l’escalier extérieur pour aller dans la grande salle, qu’il fasse moins froid : zéro. Petit-déjeuner avec F. et la radio. Commentaires. Allumer le poêle du premier coup. Ressortir et remonter l’escalier extérieur pour aller au bureau, traiter les courriels (des nouvelles des passeurs, de l’imprimeur, de Grenoble, de Liernais, de Hong Kong, d’Irak), je tente d’appeler un graphiste avec qui j’aimerais travailler. K. passe, on discute, on lit les articles sur le procès des sans-papiers de Vincennes. Je redescends mettre une bûche, le téléphone sonne, des nouvelles de T., je donne le message à F. qui repart à Lyon. Faire la vaisselle de la veille en surveillant le feu. Manger en vitesse (il reste du minestrone partagé hier avec A. et C. : épeautre, carottes, haricots, poireaux et nos fameuses pommes de terre). Prendre une douche et remonter m’habiller vraiment, plus chaudement (ouf !). Fumer une cigarette et rédiger deux lettres (une administrative, une amicale – il me faudra une photocopie). La lettre administrative me donne envie de faire la sieste. Au réveil, il est difficile de sortir de sous la couette (12° dans les chambres) mais je m’habille et je descends au village. Bureau de tabac, photocopie, poste, boulangerie. Maintenant je monte bien la côte et je rentre réchauffé. Je regarde un documentaire sur Comment l’imagerie occidentale et Hollywood en particulier diabolisent les Arabes. Dîner avec F., N. et A. dans la grande salle. Je reste passer la soirée près du poêle, à lire et préparer mes cours, et à me rappeler que je suis en retard pour les réponses des courriers de M. et S. Je monte me coucher, allume le candélabre, grimpe dans un lit très haut et souffle les bougies.

1er mars 2010 • La cuisson du biscuit
Si quelqu’un était venu se promener du côté de Taillis Vert, hier au soir, il aurait vu deux ou trois personnes s’activer autour du foyer du four du potier. Nous y avons passé la nuit, Y. et moi, à entretenir le feu ; la pleine lune sous les nuages les transformait soit en lac, soit en fleuve ; à trois heures, les oies, curieuses, puis les brebis, sont venues nous regarder. Puis nous avons vu l’aube, puis le jour, puis j’ai dormi un peu, et le potier est venu nous relayer à neuf heures pour continuer la cuisson. Je suis allé me coucher, me suis réveillé pour faire à manger et porter un plateau au four, et je suis retourné dans ma chambre me reposer. 16h43. Je commence la lecture de Fou de Vincent, de Guibert, commandé à la Hulotte et ramené d’Annonay dans un sachet en kraft. Voilà longtemps que je n’avais pas lu un livre non massicoté, avec ce plaisir de la découpe des feuillets avec un coupe-papier (un couteau Laguiolle) qui rythme la lecture. Puis je me dis que ce livre (je ne l’ai jamais vu directement disponible sur des rayons) est livré non découronné pour respecter la censure de la morale : être sûr que le lecteur de ces pages qui commencent avec un suicide, puis assez vite érotiques, l’a payé. Ou volé, me rassuré-je. J’écris ces quelques lignes. Rien que cela (la lecture et l’écriture) aurait suffi à combler ma journée.
Mais si un ou une promeneuse avait voulu profiter de la nuit ce soir même (car la journée n’est pas finie), c’est d’un feu gigantesque, à plus de mille degrés, dont les deux ou trois personnes s’occupaient ; ils ouvraient régulièrement la bouche du foyer, pures lumière et chaleur, pour la nourrir de bois. Une fournaise contenue dans ce gros four en terre, à deux chambres : un monstre vivant, rougeoyant, bombinant, crépitant, grondant. L’éclat du four aurait projeté jusqu’au chemin des promeneurs une lumière chaude et vive en contraste avec la blancheur froide de la lune.
A minuit, la température souhaitée était atteinte pour cuire le biscuit, le potier a scellé la porte du four, a bouché toutes les ouvertures, pour laisser infuser cette chaleur vive pendant trois jours. Nous sommes remontés à la maison -J’en avais les larmes aux yeux. -, épuisés, et les voisins de la petite maison se sont annoncés pour un petit concert : voilà une contrebasse, deux guitares et un accordéon qui débarquent avec leurs chanteurs pour un impromptu offert pour cette journée extraordinaire.

31 mars 10 • Une journée intra-ordinaire
Lever vers 8 heures. Petit-déjeuner, six tartines, s’occuper de la basse-cour : sept œufs dont un de l’Oie – il fait froid. Travail dans ma chambre, finalisation d’un texte envoyé ensuite par courriel, que je confie à Yann Montigné pour le mettre en page. Descendre au village acheter du tabac – ou il fait froid, ou je suis trop peu habillé. Relever le courrier et l’apporter chez N. la voisine, où je me fais inviter à déjeuner avec F. et A. Préparer mes affaires pour les deux cours de l’après-midi. Avant de rentrer, passer à la bibliothèque de Bourg-Argental, y prendre de la poésie et des films (Beautiful Boxer et L’Enfer d’Ethan). Rentrer à la maison, faire un peu d’Internet, fumer une cigarette, s’occuper du compost. Remonter dans ma chambre et y écrire un peu (bonne dynamique), C. passe me dire que Am. est chez J. et F. et qu’elle peut nous parler du réseau Repas et des compagnonEs, j’y retrouve Al. et N., réunion > on discute, on mange des pâtes. Je remonte au bureau pour passer un coup de fil. Et je rentre dans ma chambre pour écrire.



C’est quoi une journée ordinaire et une journée extraordinaire ?
C'est quoi la différence ?

vendredi 12 février 2010

Labeur

Broderies




Quand on perd le fil, quand on ne connait pas le motif général, il faut broder. Broder autour.