mercredi 9 juillet 2008

Hervé Guibert

Extraits du Mausolée des amants - Journal 1976-1991

Je n'ai plus cette hantise de ne plus pouvoir écrire, car je m'aperçois que, depuis presque dix ans, je ne fais qu'écrire ; et les périodes sans écriture ne sont pas moins fertiles, pour l'écriture, que les périodes d'écriture.

(...) Ainsi moi-même (sans me comparer à Goethe ou à Kafka), mais en qualité d'écrivant, d'homme relativement dévoué à l'écriture, je pourrais imaginer que ce que j'ai pu faire de cette écriture, tant bien que mal, sera un jour assimilé par un autre corps favorable, qui l'apportera plus loin (je suis par avance amoureux de ce corps-là), il y aurait dans l'écriture un fantasme d'insémination, d'enfantement : mettre vingt ans après sa mort, un siècle après sa mort, un fantasme d'écriture dans un corps étranger.

Ecrire avec des mots purs.

" Quand écrivez-vous ?
- Pas tout le temps.
- Alors vous n'êtes pas écrivain ?
- Je suis écrivain comme l'animal venimeux pique de temps à autre, quand on le provoque, quand on lui marche dessus, quand on l'attire. Le venin peut être un suc amoureux."

La fin du livre que je m'apprête à détruire : " Moi qui avais toujours cru, à la fin de chaque livre écrit, que ce serait le dernier, qu'il ne pourrait plus y en avoir ensuite, je compris que j'avais davantage de livres devant moi que derrière moi, même si ce n'était plus moi qui les écrirais, que j'étais à peine rendu au milieu de mon parcours, même si c'était un autre qui les poursuivait."

(Vivre avec un livre, même quand on ne l'écrit pas, est tout à fait merveilleux.)




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