mercredi 2 avril 2008

Résidence au Brise Glace - Grenoble

Voilà une semaine que je suis en résidence au Brise Glace à Grenoble.

J’y dispose donc d’une pièce d’une vingtaine de mètres carré, aux murs blancs, donnant – comme l’atelier d’un peintre – au Nord et sur les montagnes. Cette chambre fait partie d’un « appartement », chauffé par un poêle, ainsi qu’un salon-cuisine commun, la chambre de S. et l’atelier de D.

« Ma » pièce comporte des placards à 8 casiers, étrangement et inaccessiblement hauts (il est vrai que je suis petit), des étagères et une commode ; un lit, un petit meuble roulant, un immense et lourd miroir, un meuble-bibliothèque, surmonté d’un casier blanc et jaune à portes coulissantes, une échelle bleue ; un bureau en formica d’un design aussi spatial que génial, assez typique, je pense, des années 70 ; une chaise, une lampe qui ressemble à un aéronef, et un matelas en plus, qui me servira de sofa et sur lequel je m’essaierai à écrire en y posant une planche soutenue par deux traverses en bois, trouvées sous le sommier.

Pour écrire, je dispose d’un stock de Bic à mines rétractables, noirs, ceux que je préfère, et d’un stylo-plume en plastique noir et violet (premier prix). Il se trouve que j’ai dû acheter un nouveau livre de brouillon, de couleur rouille, puisque le précédent, gris, est rempli. J’ai commandé un « registre » chez la relieuse de la rue de l’Abbé de La Salle, de forme oblongue, de 32 pages, à couverture verte et rouge et à reliure rouge pompier, dans lequel je noterai, comme dans un carnet de santé, l’évolution de ma scriptopathologie ou de ma graphomanie.

Le Brise Glace est un bâtiment énorme, sur quatre niveaux, plus la cave. Ouvert il y a plus de 15 ans (occupation illégale), il comporte une quinzaine d’ateliers (peintres, graveur, plasticiens, musiciens, architectes…) et plusieurs « appartements » d’habitation. C’est comme une fabrique, un peu monstrueuse, évolutive, et c’est très étrange de voir et de sentir tous ces gens qui passent, qui travaillent, qui expérimentent et qui créent. Le collectif Ici Même (http://www.icimeme.org/), célèbre pour ses performances dans l’urbain et pour son questionnement sur le rapport à l’espace publique et l’espace privé, y a ses ateliers, de même que la 10section, groupe d’architectes. Des ateliers personnels, dont celui de la peintre et plasticienne Louise Catherine Drève, qui m’a invité. Le Brise-Glace s’est voulu "lieu d'échange et d'émulation" entre différentes pratiques artistiques, un lieu de "circulation d'idées" (un compte rendu de l’an 2000 : « L'objectif du Brise-Glace : créer un lieu de vie et de travail, de rencontres et d'échanges, où matériaux et savoirs-faire fabriquent de l'en-commun, une de ces friches qui transforment en liberté la nécessité d'articuler espace et création. Quatre ans après, l'objectif est atteint: cinq logements, seize ateliers, labo-photo, atelier de sérigraphie, cent résidences d'artistes, des fertilisations croisées entre arts et spectacles vivants. » Depuis, le lieu est en baisse d'activité et en reformulation de ses projets, du fait, en partie, de la menace d'expulsion).

Ecrire, c’est être seul, et je vis en effet une étrange solitude. Le Brise-Glace, bien que proche du centre et tout près du quartier Saint-Bruno, est en marge de la ville et de ses institutions. C’est un espace de liberté créatrice. J’y suis au calme, entouré d’artistes qui travaillent, et même si je ne les connais pas tous et que je ne croise que peu, j’y trouve une émulation. J’y trouve retraite. Ce m’est même un refuge. Comme une Arche de Noé dans le fracas du monde. Je commence à me mettre dans un état de vacuité, que j’espère propice à l’écriture.

Et j’écris. Je réfléchis. Je me nourris (expositions, lectures, bibliothèque, conférences, quelques spectacles, de la danse surtout). J’avance, quand bien même je n’en suis pas à une réelle production.

Peut-être même n’y aura-t-il pas de production ; cette idée avance, m’aide à faire le deuil d’un livre qui ne s’écriera peut-être pas. L’essentiel n’est pas là : ce sera une expérience qui compte. Je vis ce que j’ai désiré : passer un temps à écrire, un temps libre et disponible que j'ai créé pour ça, et le passer, ce temps, dans un atelier artistique collectif.

Rien qu’une saison. Toute une saison.

Je me rends compte que la fréquentation des livres, que ce soit dans les librairies ou les bibliothèques, me stimule énormément. Un titre, un mot, une image fait office d’interrupteur pour une minuterie, une petite mécanique de l’esprit qui fonctionne et opère. J’ai même l’impression d’entendre les bruits des rouages, leviers et poulies dans ma tête : tic tac toc, ding, ding ! Voilà trois mots, une phrase, un ou deux versets qui se déposent à la « sortie » de ma cervelle !

Le charme ou le sort opère, entêtant, mécanique infinie ; et si j’ai souvent l’air absent, je me sens, au contraire, tout contre les choses ; ça parle, continûment ; ça écrit, souvent, souvent sans papier ni stylo.

Mais comment déverrouiller l’espace du dedans ? (Laure Adler dans Les femmes qui écrivent vivent dangereusement)

mardi 1 avril 2008

L'Espace Bajidala



Photographies de Bérangère Haëgy

Dans la ville de Ségou, qui suit interminablement le fleuve Niger au nord-est de Bamako, la vie est d'une lenteur déconcertante. Comment être autrement au bord de ce large fleuve qui ressemble à un lac ?
Dans le quartier de Ségoukoura, il y a l'Espace Bajidala, littéralement : au bord du fleuve. Cet espace est construit de manière traditionnelle, les bâtiments en banco ocre rouge entourent une cour, une terrasse qui tombe ensuite dans le jardin aux alvéoles entourées de terre compacte.
A la fois auberge et résidence d'artistes, l'Espace Bajidala m'apparaît comme un refuge, une oasis de liberté de création, sans rupture pourtant avec la tranquillité de la ville et la vie sur le fleuve. Mes amis burkinabè, le peintre Sambo Boly, et le jeune photographe Nestor Da, le peintre naïf Mama Famanta, David Coulibaly avec ses boîtes, ainsi que le peintre américano-malien Adama Alassi, y ont travaillé et exposé. Il faut dire que Michel Fleury, qui a construit cet endroit, a lui aussi l'âme d'un artiste : création des meubles et de la décoration contemporaine, goût pour les couleurs et les intervalles, pour le décalage... Il soude, peint, plante, arrange... et soutient.
Nombre de plasticiens, de danseurs, de musiciens ou d'écrivains lui doivent un moment de répit et une période créative.
Nous y avions trouvé, nous, un espace de respiration pour mieux continuer, un silence d'où est sorti un texte : Dialogue de Masques.

Pour plus d'infos, cliquer sur le titre ou sur le titre dans "Et ailleurs..." et vous pourrez entrer dans le très joli site de Bajidala !

lundi 31 mars 2008

La Compagnie Tené


La Compagnie Tené était en train de se créer quand je suis arrivé à Ouagadougou en 2005. Issa Aimé Ouédraogo, le directeur artistique et le fondateur de la compagnie, est vite devenu un ami cher, et cette rencontre a fortement influencé mon séjour au Burkina Faso.
C'est tout naturellement que j'ai suivi les démarches de cette compagnie de danse et la création du Cri du Désert qui fut menée en 2006-2007. D'abord solo pour Aimé, ce spectacle a finalement abouti à un duo avec Adélaïde Zoma, danseuse rayonnante de formation traditionnelle. Aimé et Adélaïde ont fait partie du Ballet National du Burkina Faso, compagnie de danse traditionnelle subventionnée, qui a vu passer les plus grands danseurs et chorégraphes du pays, d'Irène Tassembedo à Assita Zoungrana, en passant par Souleymane Badolo de la Compagnie Kongo Ba Teria. C'est d'ailleurs ce dernier qui a supervisé la chorégraphie du Cri du Désert. Cette pièce a été tournée, en 2007, en France (Gap, Marseille), au Mali (CCF de Bamako) et au Ghana (Alliance
Française de Kumasi). La version solo de ce spectacle sera présentée pour le festival Dialogues de Corps en décembre 2008 à Ouagadougou.
Le travail chorégraphique d'Issa Aimé Ouédraogo se fonde fortement sur la danse traditionnelle de son pays, "recréée" à travers des techniques contemporaines et des thématiques d'aujourd'hui.

La Compagnie Tené répète actuellement une nouvelle pièce, La Marche, métaphore des passages de la vie de l'homme (enfance, adolescence, âge adulte), avec Karim Konaté, Adélaïde Zoma et Aimé Ouédraogo. Après des résidences au Centre de Développement Chorégraphique - La Termitière de Ouagadougou et à la Maison des Jeunes de Ouahigouya, ce spectacle sera créé en mai 2008 au CCF Georges Méliès de Ouagadougou.














Voir leur site : http://www.sudplanete.net/index.php?menu=groupe&no=729

jeudi 20 mars 2008


C'est à Nevers que j'ai commencé à travailler directement pour des compagnies. Ici, un dossier pour le spectacle pour enfants Petit Bonhomme, par la LOBS Compagnie. Je m'étais attaché au cercle, sur lequel est construite la mise en scène, puisque le public est au centre, et au noir, puisque ce "théâtre d'objet" se passe dans l'obscurité avec de subtils jeux de lumière.
J'avais apprécié de travailler avec Marie-Christine Dumont, comédienne et metteur en scène, pour ce travail, et je crois d'ailleurs que le résultat s'en ressent !

Rêve n°2

A quelques jours de la résidence d'écriture que je dois passer à Grenoble, je fais un rêve, pendant la sieste, dans lequel je reconnais (!? On va le voir !) une maison déjà rêvée auparavant. Elle est pourtant bien différente de ce qu'elle était dans le rêve numéro 1.
C'est ici, dans le rêve n° 2, une maison de village, dans un Sud de la France sans caractéristiques, d'ailleurs il pleut, mais dans un village type village de charme français. La maison est étroite, à plusieurs étages – au moins quatre ou cinq niveaux dans ma perception, bien que je ne l'ai pas visitée en entier. Elle donne, d'un côté, sur une ruelle, de l'autre dans une étroite courette commune, cernée par d'autres maisons.
Dans ce rêve n° 2, je suis au troisième niveau, et c'est une cuisine, avec des WC. Je désire, venant d'arriver seul et m'installant, écrire quelque chose du type : voilà, je suis arrivé, j'ai sorti crayons et papier : je commence la résidence. Je désire en même temps sortir et me promener pour m'approprier le village et entrer en contact avec ses habitants, et acheter une carte postale où je puisse retrouver le nom du village, que j'ai oublié. Un mélange flou fait que je cherche mon cahier, pourtant venant d'être sorti.
Mais à peine ayant commencé à écrire, qu'une sensation confuse d'anomalie me vient et je vérifie les WC. C'est une pièce assez grande par rapport à l'usage qu'on en fait, éclairée d'une vaste fenêtre donnant sur la cour, pourvue d'un rideau blanc-jaune. Le rideau est mouillé et je m'aperçois que coule et suinte de certaines parties du mur un liquide jaune et visqueux – façon liquide vaisselle, mais c'est moi qui l'ajoute ici. Pas sûr d'ailleurs, puisque me vient, dans le rêve, l'idée que j'ai laissé déborder le bac à vaisselle à l'étage supérieur. L'idée s'annule d'elle-même : non seulement la cuisine est à l'étage où je suis, mais je sais que je ne suis pas allé à l'étage supérieur et que je n'ai pas envie d'y aller. L'étrangeté vaguement effrayante qui m'a prise à la vue de l'inondation persiste : je n'ai pas envie d'aller en haut.
C'est en me réveillant (difficilement) que j'ai fait le lien avec la maison du "rêve n°1". C'était pourtant là une maison du genre manoir de campagne, du moins de l'extérieur, et il y avait un jardin assez beau quoique pas entretenu. A l'intérieur, à plusieurs niveaux, seul le 3e ou 4e était équipé pour une vie pratique et moderne, et c'est là que je m'étais installé, gardant les étages inférieurs, plus stylés, pour des "promenades". J'étais parti en exploration dans les étages supérieurs, extrêmement complexes et imbriqués, et j'avais découvert des pièces "secrètes" et vide, au sens où l'on n'y accédait que difficilement, par échelles et finalement, par le haut... La découverte de ces pièces insoupçonnées, pourtant dénuées de meubles ou de choses affreuses, m'avait déjà mis mal à l'aise...
Pendant le réveil, je faisais un lien lié à l'écriture, voire à une résidence d'écriture : j'étais en effet présent dans ces maisons pour écrire, du moins cela semblait aller de soi. Le lien entre les deux rêves est aussi ce vague sentiment de peur ressenti par rapport aux étages supérieurs : l'étage supérieur de la maison n°2 était, je crois, le même que celui de la maison n°1 ; je n'avais pas envie d'y retourner.
Je serai, mardi prochain, installé dans un bâtiment énorme et labyrinthique, le Brise-Glace à Grenoble, pour commencer une résidence d'écriture...

mercredi 19 mars 2008

Ben... rien

C'est fou comme c'est plus facile à dire qu'à faire...
... Ecrire...

vendredi 14 mars 2008

MCNN - Maison de la Culture de Nevers et de la Nièvre












2003-2004 :
je travaille pour une saison à la MCNN, et je conçois le graphisme du Zoom, petit mensuel destiné aux abonnés.


Format carré, sur un très beau papier couché, en bichromie. Et on change de couleur tous les mois !

Le site de la Maison de la Culture : http://www.mcnn.fr/

Refuge

Vous souhaitez trouver refuge.
Dans votre mouchoir, vous amassez des brindilles.

Eric Ferrari
Les Inventions, Cheyne, 2006

Trouvée sur un marque page, cette citation, je ne sais bien pourquoi, me remplit d'espoir et de joie.
Peut-être parce que ces brindilles, comme les petits cailloux, sont pour moi (et pour bien d'autres !) une pratique régulière, poétique et rassurante.

Centre Culturel Français Georges Méliès, Ouagadougou
















J'ai travaillé, de 2005 à 2007, comme graphiste au CCF Georges Méliès de Ouagadougou, au Burkina Faso.

Au début, nous étions sur un livret de 16 à 40 pages, format carré, sur la maquette de mon prédecesseur. Le format (15 X 15 cm) était très sympa, mais l'intérieur en bichro était géré de façon thématique, pas du tout pratique à mon sens...

CCF Georges Méliès, Ouagadougou (2005-2007)


J'ai travaillé, de 2005 à 2007, comme graphiste au CCF Georges Méliès de Ouagadougou.

En 2007, nous avons revu entièrement la charte graphique du Centre, et donc la maquette du programme mensuel, à partir du logo créé par l'Agence Cappuccino : plus moderne, plus clair, plus efficace...

Le programme est devenu un grand dépliant à quatre volets, tout en hauteur... Beaucoup plus attrayant et lisible, même si ce grand format a surpris nos lecteurs !